Joe

On 29/04/2014 by Nicolas Gilson

Après PRINCE AVALANCHE qui lui a valu le prix de la mise en scène à la 63 ème Berlinale, David Gordon Green retrouve le décor du Texas où il met en scène l’adaptation du roman de Larry Brown. Servi par un admirable casting, JOE déçoit amèrement tant le réalisateur semble courir derrière une pure esthétisation. De tableau en tableau, au travers de la rencontre d’un homme à la dérive et d’un adolescent décidé à se battre pour gagner quelque argent, il compose à gros traits un portrait tout à la fois expressionniste et artificiel.

Joe - nicolas cage

Bien qu’alcoolique, Joe (Nicolas Cage) gère une entreprise d’abbattage de bois dont l’équipe, les jours où il ne pleut pas, empoisonne les arbres. Gary (Tye Sheridan), un gamin de 15 ans, lui propose ses services. Bien que jeune et frêle il met tout son coeur à la tache et Joe l’engage. C’est que l’enfant en a assez de vivre dans la misère à cause de l’alcoolisme de son propre père et de la passivité de sa mère.

La scène d’ouverture est éblouissante. Gary vide son sac et crie son désespoir à son père. L’homme d’une passivité apparente face aux vérités que son fils lui envoie au visage réagira bientôt d’un geste sec et brutal mettant ainsi fin à un impossible dialogue. La violence, tant des propos que des actes, glace d’emblée le sang. Avec force et économie la réalité des deux protagonistes s’impose.

A cette scène répond bientôt l’introduction du personnage de Joe et la mise en place quelque peu sinueuse de la trame narrative. Le scénario apparaît construit comme le portrait croisé de deux réalités de vie, celle de Joe et de la « famille » de Gary, qui se tisse au fil de leur rencontre. De séquence en séquence, JOE met en scène bien des enjeux et dévoile peu à peu le trouble qui agite l’homme, perturbé par Gary. Si celui-ci cherche en lui un père de substitution, Joe se retrouve contraint à faire face aux fantômes de son passé et à lui-même. Tandis qu’en parallèle, le père de Gary titube de-ci, de-là ; disparaît pour mieux réapparaître sans que jamais il ne soit question de le rencontrer…

joe - Tye Sheridan

C’est là l’énorme défaut du film de David Gordon Green : la distanciation quant à l’ensemble des protagonistes qui demeurent autant de figures impressionnantes mais ne suscitant pas la moindre empathie. Alors que l’évolution scénaristique, au-delà d’un terrible enchevêtrement, se veut puissante, l’approche du réalisateur est telle que l’ensemble apparaît artificiel et appuyé voire creux et démonstratif. Les nombreuses métaphores scénaristes deviennent ainsi aussi de tableaux rhétoriques proprement suffisants et prétentieux.

Si l’équilibre entre les protagonistes est peu clair, David Gordon Green donne à travers son montage une position centrale eu personnage de Joe (dont le trouble est acté par le travail sonore) – ce qui dès lors pose comme pure traquenard la séquence d’ouverture. La primauté du montage s’impose comme manifeste comme en témoignent les grosses erreurs de temporalité au sein de certaines séquences (absolument pas raccord) et les nombreux effets dont abuse, de manière rhétorique et sans cohérence, le réalisateur. Lorsque ralentis, fondus enchaînés, accélération ou montage parallèle (sur voix-over) s’entremêlent sans autre intérêt qu’un évident onanisme.

Nicolas Cage témoigne-t-il d’une troublante force d’interprétation que David Gordon Green en fait une vulgaire marionette dont les états semblent dès lors platement artificiels. Le jeune Tye Sheridan parvient à s’imposer comme magistral et son prix Mastrioanni de la révélation masculine lors de la 70 ème Mostra fait sens. Dommage que le réalisateur ne semble pas penser au spectateur au-delà de le choquer et de lui en mettre plein la vue.

Joe - affiche

JOE

Réalisation : David Gordon Green
USA – 2013 – 117 min
Distribution : Cinéart
Drame

Venise 2013 – Compétition Officielle

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