Jobs

On 04/09/2013 by Nicolas Gilson

Pseudo biopic d’une désolante superficialité, JOBS assoit Apple et Steve Jobs comme une seule divinité indissociable. Sur base d’un scénario aussi sommaire que futile, Joshua Michael Stern met en scène un film sans intérêt : tout est lisse, enrobé et souligné. Un efficace endoctrinement cinématographique.

Jobs - film

La séquence d’ouverture du film nous met en condition. Nous sommes en 2001, au siège d’Apple où Steve Jobs (Ashton Kutcher alors crédible) présente un objet révolutionnaire : l’iPod. Une dynamique de cadrage brouillonne, un montage hypnotique et une orchestration musicale pour le moins dictatoriale assoient tout à la fois une hypothèse de bouleversement et la figure du messie qui en est l’annonciateur. Nous aurions un doute que par le truchement d’un flash-back nous sommes bientôt confrontés à Steve Jobs dont les pieds nus et l’accoutrement transcendent l’imagerie messianique. La trame narrative se déroule alors en mettant en place les grands mouvements qui ont conduit à la création d’Apple, sa prime ascension, sa période noire et enfin l’établissement de son statut de divinité (d’ailleurs quelques montants financiers consacrent cet état de fait).

Le scénario (bien creux) balaie à gros traits les épisodes (les plus) connus de la vie de Steve Jobs au sein desquels quelques petits détails sont soulignés sans pour autant être développés (à l’instar de l’évolution du régime alimentaire de Jobs ou de ses chaussures). Le film offre ainsi un portrait creux et grossier du père d’Apple dont nous n’apprenons rien ou presque. Plus encore l’angle d’approche choisi est tellement artificiel et distancié que le ressenti ou l’intimité du protagoniste n’ont ici pas leur place. Ligne plutôt absconse pour un biopic… Aucune surprise et un improbable consensualisme. Toutefois l’écriture a le mérite de mettre en place, derrière le vide apparent, une série de tremplins vers bien des manipulations (en somme le scénariste, Matt Whiteley, parle au geek qui sommeille en nous).

Bien que brouillonne et évolutive selon l’épaisseur du grain de la poudre que Josha Michael Stern veut nous jeter aux yeux (une peu plus de finesse et de cohérence auraient été appréciées), l’approche esthétique (du cadrage abstrus au montage quelque fois folklorique) a le mérite de manipuler nos impressions (ah, ces ponctuelles vagues musicales) : alors que nous n’apprenons rien de lui, Jobs est un génie, un révolutionnaire ; il est notre sauveur.

A noter qu’un des (nombreux) bémols du film en est l’interprétation : à l’image d’Ashton Kutcher, elle est tantôt surprenante de justesse, tantôt simiesque et pathétique. Preuve supplémentaire que le réalisateur n’est (vraiment) pas un fin artificier.

Jobs - Affiche

JOBS

Réalisation : Joshua Michael Stern
USA – 2013 – 122 min
Distribution : eOne
Biopic

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Jobs - Ashton Kutcher

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