Jimmy P.

On 11/09/2013 by Nicolas Gilson

Inspiré du livre de Georges Devereux, JIMMY P. – PSYCHOTHERAPY OF A PLAINS INDIAN est le portrait croisé de l’auteur de l’ouvrage et du patient qu’il met en scène dans celui-ci. Avec maîtrise et sensibilité, Arnaud Desplechin tisse leur relation de manière telle qu’ils deviennent indissociable. Un film trouble et troublant porté par une superbe distribution.

Jimmy P

1948, Jimmy Picard (Benicio Del Toro), un amérindien, est admis à l’hôpital militaire de Topeka car il souffre de nombreux troubles. Perplexe face à l’absence de causes physiologiques, le corps médical, afin d’écarter le diagnostic de schizophrénie, demande à l’ethnologue et psychanalyste Georges Devereux (Mathieu Amalric) son avis. Du dialogue entre les deux hommes nait une complicité qui peu à peu les réunit et les conduit chacun, différemment, à une introspection. Dans la quête de soi, la frontière entre les rêves, les souvenirs et le passé se révèle alors bien fine.

Lorsque le film s’ouvre, nous découvrons Jimmy dans son quotidien et nous ressentons les troubles qui l’assaillent. Plus encore nous les partageons. Ses vertiges, ses migraines, sa cécité temporaire ou ses pertes d’audition ne font aucun doute. Lorsqu’il est plongé au coeur de la ritualité et de la froideur de l’hôpital, nous épousons son désarroi tout en en étant témoin. Et bientôt nous en savons plus que lui sur son sort lorsque les médecins pensent diagnostiquer une schizophrénie. A cette introduction des plus troublante, répond alors une seconde : celle du personnage de Devereux, un joyeux bougre que nous plaît d’emblée puisqu’il s’impose comme notre espoir de voir Jimmy échapper à l’irrévocable sentence. Bientôt les protagonistes se rencontrent et entre en dialogue. Celui-ci les contamine alors l’un et l’autre, et devient peu à peu le moteur de l’intrigue générale. L’écriture dessine alors un curieux mouvement de balancier entre les séances, esquissant les bribes de la vie de l’autre et les soubresauts de celle de l’autre. La mise à nu de Jimmy qui parvient à voyager au coeur de ses souvenirs jusqu’à se les réapproprier agit sur Devereux qui refuse de faire face à son propre passé (survivant de la Shoah, il s’invente une nouvelle identité).

Si a priori cette construction engendre un trouble quant à l’équilibre entre les deux personnages, cela esquisse l’unicité des deux protagonistes comme un binôme indissociable. Aussi priment leurs échanges : ce dialogue qui les met à nus, ce voyage au-delà des souvenirs et des impressions au travers de l’inconscient. Le réel personnage, le sujet même du film, devient cette singulière (et temporaire) relation.

L’approche esthétique constitue un réel voyage sensible et sensationnel. Témoignant d’une parfaite maîtrise technique, Arnaud Desplechin met en place une logique singulière sans cesse évolutive. Il explore les possibilités offertes par le médium cinématographique afin de construire une grammaire personnelle qui fait corps avec ses intentions. Il ravive moult effets et artifices (iris, surimpression, incrustation, zoom, adresse directe,…) qu’il se réapproprie et auxquels il confère un sens nouveau et intimiste. Il nous fond ainsi par exemple avec brio aux troubles ressentis par Jimmy avant de nous faire les témoins de son désarroi. Plus encore il parvient à nous faire pénétrer son esprit en même temps que lui, petit à petit. Ainsi il construit avec grâce une série de flash-back sans témoigner du moindre systématisme : Jimmy s’observe ainsi au coeur de ses propre évocations avant de jouer son propre rôle au sein des projections qui naissent du dialogue avec Devereux. Et si l’évolution constante de la mise en scène ne semble certes pas toujours faire sens, elle transcende néanmoins l’hypothèse même de l’inconscient : alors que rêves et projections se répondent, nous sommes libre de tisser notre propre film. Etrangement présente, la musique est une corde sensible supplémentaire qui tantôt esquisse un contraste et tantôt souligne émois et sensations.

Arnaud Desplechin, dont la justesse du regard est (film après film) brillante, signe une oeuvre personnelle singulière qui longtemps nous habite.

Jimmy P. - Arnaud Delplechin

JIMMY P. – PSYCHOTERAPY OF A PLAINS INDIAN
Jimmy P. – Psychothérapie d’un Indien des plaines
♥♥♥
Réalisation : Arnaud DESPLECHIN
USA / France – 2013 – 114 min
Distribution : Lumière
Drame

Cannes 2013 – Sélection Officielle – Compétition

Jimmy P. Affiche

Interview Arnaud Despechin : Cliquez ICI

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