Jewish Connection

On 03/02/2011 by Nicolas Gilson

Attention JEWISH CONNECTION est basé sur une histoire vraie. Argument de vente – apriori – ou mise en condition certaine une fois le film lancé, l’inscription s’inscrit d’emblée. Nous sommes en 1998 dans le milieu juif orthodoxe de New-York. Sam Gold (Jesse Eisenberg), alors âgé de vingt ans, voudrait reprendre le commerce de son père. Celui-ci voudrait qu’il devienne rabbin. Sam sera trafiquant de drogue.

L’introduction du film est prometteuse. Kevin Asch propose une réelle photographie des quartiers juifs orthodoxes. Si bien qu’avant même de rencontrer le principal protagoniste, Sam, nous sommes invités à envisager sa situation singulière sous un angle macrocosmique. Son quotidien est composé de rituels et une réelle complicité semble le lier à l’ensemble de sa famille. Ecriture et mise en scène permettent d’aborder la réalité d’un être au sein de son milieu social voire au regard de la société. Même les choix musicaux y participent.

Mais rapidement Kevin Asch s’oriente vers une voie plus démonstrative que sensitive. La sensibilité première s’efface à mesure que Sam questionne la ritualité qui le conditionne. Car ses aspirations ne sont pas celles que sa famille a pour lui. Sam espère épouser une jeune fille et gagner de l’argent, pour ne plus être dans le besoin. Le frère de son voisin et ami lui propose de gagner facilement de l’argent en transportant pour lui des médicaments. Sam accepte naïvement. Il entre alors dans une dynamique de doute et de mensonge. Son univers s’effrite – devenir trafiquant d’ecstasy à la place de rabbin est une pilule qui passe difficilement – et à mesure il remet sa foi en cause.

Une fois le film lancé sur ses rails, la locomotive bifurque irrémédiablement et nous sombrons dans un récit cousu de fil blanc dont le protagoniste principal n’a que fort peu de consistance. Il témoigne d’une passivité assassine qui lui ôte toute crédibilité. De nombreuses situations exacerbent le tiraillement qui est le sien, mais elles sont tellement démonstratives et appuyées qu’elles en deviennent grossières et caricaturales. Des gestes important sont posés, des gestes en contradiction avec la foi orthodoxe, sans qu’un sens réel ne leur soit conféré. La dynamique est un peu celle du zapping narratif : il s’agit d’être efficace et monstratif. Banal en somme.

JEWISH CONNECTION est loin d’avoir la force de KADOSH (Amos Gitai, 1999) ou de EYES WIDE OPEN (Haim Tabakman, 2009). Ici, le questionnement de la foi n’est qu’un prétexte pour un film de gangsters modernes. C’est une mise en condition, une caractéristique à laquelle on se rattache pour ancrer plus avant la démonstration. Rien n’est vécu, rien n’est sensible. Et Jesse Eisenberg donne dans la variante du même en incarnant à merveille la passivité.

HOLY ROLLERS
JEWISH CONNECTION

Réalisation : Kevin ASCH
USA – 2010 – 99 min
Distribution : Les Films de l’Elysée
Comédie dramatique
EA

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