Critique : Je veux voir

On 02/02/2009 by Nicolas Gilson

Le film est introduit par un plan fixe de Catherine Deneuve, de dos, regardant Beyrout au travers d’une vitre. Des bribes de conversations, situant le sujet et l’enjeu (filmer le trajet de Catherine Deneuve vers le Sud-Liban afin de voir/capter ses réactions), ponctuées par une adresse insistante de l’actrice : « Je veux voir ».

je veux voir

D’emblée la fictionnalisation prend place. La fiction vient aussi de la mise en scène. Cependant celle-ci s’oublie presque aussitôt lorsque le dispositif est mis à nu. Le projet est expliqué, explicité au fur et à mesure qu’il prend vie. Il y a rencontre effective et dialogues vrais. Il y a manipulation aussi. Car le trajet est préétabli. Catherine Deneuve est conduite d’un point à l’autre. Elle voit ce qu’on lui donne à voir. Ce qu’elle a demandé à voir… Son interlocuteur est unique. Les points de vues sont croisés.
Il n’y a pas de concession. Images et sons directs.

Ensuite la mise en scène entièrement fictionnelle prendra place. D’abord au travers de l’hypothèse sonore. Le montage. Ensuite par une fictionnalisation des images. Il n’y a pas pour autant de manipulation indépassable. Une suggestion sera donnée dans les regards. Un truc cinématographique sans doute. Mis en scène. Mais le jeu a été mis à nu. Les objets fictionnalisés se sentent. Les mots collés aux images – une adresse improbable de la part de l’autre rencontré – sont propres, beaucoup trop propre que pour être confondus. Néanmoins cette fictionnalisation nuit à la force du film.

Celui-ci, objet hybride entre fiction et documentaire, pose jusqu’à ce moment-là une question nette sur l’ambiguïté du cinéma. Sur son rôle aussi ou son rôle possible. Le cinéma comme vecteur de sens. Le cinéma comme objet du discours. Le cinéma vérité ?

En cherchant (à atteindre) l’ouverture fictionnelle, les réalisateurs ferment étrangement la richesse de l’ambiguïté créée jusqu’alors. La force s’essouffle donc dans leur désir d’en faire (sans doute) trop ou de faire trop bien.

JE VEUX VOIR
**(*)
Réalisation : Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
France / Liban – 2008 – 75 min
Distribution : Les films de l’Elysée

je veux voir affiche

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