J’ai tué ma Mère

On 08/12/2009 by Nicolas Gilson

J’AI TUE MA MERE est un film époustouflant : Xavier Dolan y met en scène un récit à la fois tragique et tendre, qui confronte le spectateur au désamour d’un fils pour sa mère. Un sujet complexe que le jeune réalisateur développe brillamment. Il parvient à créer un équilibre entre les deux principaux protagonistes – le fils et la mère – si bien que le spectateur est à la fois proche de l’un et de l’autre. S’il condamne la mère de manière radicale, en en imposant le deuil, sans doute est-ce pour mieux montrer la tendresse amoureuse qui sous-tend, quoi que le fils puisse en dire, la relation maternelle. Le deuil n’est toutefois pas effectif, il ne s’agit que de tuer la mère symboliquement. Tel un leitmotiv, cette idée ne cesse de s’imposer – le titre en est le plus évident exemple.

De prime Abord le réalisateur semble privilégier une hypothèse emphatique par rapport au fils. Son exaspération quant à sa mère prime. A cette fin Xavier Dolan met en place une première dynamique d’inserts révélateurs de cet état et surtout une hypothèse de confession face caméra de la part du fils. Celui-ci se filme et clame ne pas aimer sa mère. Un processus de mise en abyme habile et intelligent, dont le sens ne cesse de se moduler.

Car est stupéfiant dans J’AI TUE MA MERE la pluralité de sens que revêtent les inserts – de l’ordre du réel ou du fantasme, les gros plans, les confessions caméra mais aussi le continuun narratif en tant que tel. Afin de fondre le spectateur à la pensée du fils, le réalisateur le confronte à son imaginaire : le protagoniste parvient ainsi à se rebeller plus avant.

Mais Xavier Dolan ne l’épargne pas pour autant. Si la mère est condamnée par le fils, elle ne l’est pas par le réalisateur. Aussi le spectateur n’est pas confronté à un point de vue unique sur la situation. Il rencontre la mère dans son désarrois et dans sa dualité. Malgré sa gaucherie, ses excès et ses sautes d’humeur, elle se révèle être une mère aimante. Xavier Dolan parvient à créer un réel équilibre entre les deux principaux protagonistes, si bien que malgré la schizophrénie qui les désunit leur récit devient universel.

Flirtant pourtant avec le pathos, J’AI TUE MA MERE est à la fois un drame poignant et une somptueuse comédie. Xavier Dolan conduit le spectateur du rire aux larmes. Au-delà de la relation mère-fils, il nourrit son film de nombreuses thématiques – dont un traitement intelligent de l’homosexualité et de la dépression. Le réalisateur confronte le spectateur à des univers emplis de sens. L’emploi de la musique est fin ; tant et si bien qu’elle ancre une réelle hypothèse métatextuelle.

Xavier Dolan parvient à ancrer visuellement l’identitaire des différents protagonistes – notamment avec des décors et des costumes tantôt kistchs et étouffants, tantôt épurés et libératoires. Mais plus encore, il se révèle être un excellent directeur d’acteur. Anne Dorval est magistrale – tout comme l’ensemble du casting.

J’AI TUE MA MERE
****
Réalisation : Xavier Dolan
Canada – 2009 – 100 min
Distribution : ABC Distribution
Drame
EA

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