Jacky au royaume des filles

On 28/01/2014 by Nicolas Gilson

Sur le mode de la comédie, Riad Sattouf livre une satire tout à la fois des Etats dictatoriaux et extrémistes en inversant de manière (trop) caricaturale les rôles et les codes masculins et féminins. Si l’idée est séduisante, JACKY AU ROYAUME DES FILLES est une cruelle épreuve. L’auteur des BEAUX GOSSES s’avère être un piètre réalisateur et ne parvient jamais à donner au film le moindre rythme. Au mieux, aidé d’un casting de choix, lui confère-t-il une tonalité en demi-teinte. Franchement balourdes, les péripéties de Jacky sont-elles tout de même moins pire que celles de bien d’autres comédies françaises.

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Jacky (Vincent Lacoste) vit en République démocratique et populaire de Bubune où les femmes ont le pouvoir et les hommes, affutés d’un voile, s’occupent de leur foyer. Alors que le jeune homme fantasme sur la Colonnelle (Charlotte Gainsbourg), la Générale (Anémone) annonce qu’il est temps que sa fille trouve son « grand couillon » et se marie. Un grand bal est organisé. Jacky, surexcité, compte bien s’y rendre et séduire la Colonnelle afin de l’épouser, d’avoir plein de petites filles et de vivre heureux.

Dès l’ouverture le ton est donné. Jacky se présente comme émotif, tombant dans les pommes lorsque la joie d’une masturbation l’envahit. Sous sa robe-voile, le jeune-homme s’astique en regardant la photographie peu sexy au demeurant de la Colonnelle accrochée fièrement à côté du portrait de la Générale – mère de débandade. Le trait est tellement épais que chaque élément de caractérisation s’impose avec une rare intelligibilité (ou une lourdeur extrême, c’est selon). Bref, au « royaume des filles » le peuple est opprimé et les hommes, privés d’éducation, sont enfermés dans un rôle qu’ils n’oseraient envisager de remettre en cause. Pourtant Jacky a un oncle qui veut l’emmener à l’étranger et des tracts condamnant le régime sont distribués…

Jacky a de la chance, malgré les dotes proposées, sa mère ne l’oblige pas à se marier. Est-elle ouverte d’esprit que la pauvre ouvrière l’encourage à réaliser son rêve. Si le scénario a le mérite de se complexifier (il n’est pas aisé pour le pauvre Jacky d’aller au bal), le fait-il avec une balourdise franchement épuisante. Et comme le conte n’est pas loin, le jeune-homme, déjà orphelin de père, se retrouve-t-il sans surprise à la charge de sa tante, variante de la vilaine marâtre (interprétée par Noémie Lvovsky).

Jacky au royaume des filles - Noémie Lvovsky

Peut-être apparaissait-il nécessaire à Riad Sattouf d’inverser les genres dans une cruelle platitude pour mettre en scène la crétinerie du sexisme et du despotisme, néanmoins un brin d’inventivité et de légèreté aurait été salutaire afin, a minima, que le final ne tombe pas à plat de manière aussi effroyable. L’idée est riche, le développement ne l’est pas. Et c’en est déplorable.

Mais plus que la trame narrative, ce sont les choix de mise en scène qui posent question. Le réalisateur met-il en place un ton fantaisiste voire burlesque qu’il le confronte à un réalisme cru à ce point contrastant que tout apparaît artificiel. Les scènes de groupe, où les figurants pourtant bien présents semblent absents, flirtent avec le ridicule. La chorégraphie de certaines séquence séduit-elle que l’ensemble manque de cohérence. Au mieux est-il donné de s’amuser d’un excellent casting qui singe des jeux de situation dont l’écriture – au-delà du phrasé – demeure toujours palpable. Au royaume des filles, les personnages n’existent pas et ne demeurent que des projections. Dommage.

Jacky au royaume des filles - affiche

JACKY AU ROYAUME DES FILLES
•/♥
Réalisation : Riad Sattouf
France – 2013 – 90 min
Distribution : Alternative Films
Comédie

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Jacky au royaume des filles

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