Critique : J. Edgar

On 07/01/2012 by Nicolas Gilson

Sur base d’un scénario dense signé par Dustin Lance Black (le scénariste du splendide MILK de Gus Van Sant), Clint Eastwood réalise, produit et orchestre un film sans grand intérêt si ce n’en est le sujet – ce qui est déjà pas mal, mais pas suffisant pour autant.

J. EDGARD est un biopic à la fois complexe et simpliste qui met en scène l’ascension de J. Edgard Hoover à la tête du FBI, alors créé, et la main mise de cet homme sur le pouvoir parallèle qu’il développe. Derrière sa vie, c’est le destin d’une nation qui s’inscrit, forgé dans la peur de l’autre et des terrorismes – à l’instar du « communisme ».

Les grandes affaires sont des excuses à la dynamique narrative, des sautes dans le temps, afin d’appréhender Hoover en tant qu’individu. Dustin Lance Black s’intéresse à qui est John Edgar Hoover (appelé Edgar par sa mère) avant toute chose. Et si l’homme a un désir de pouvoir, il en a d’autres qu’ils n’assument pas – est-ce par foi, par respect de sa mère ou par crainte du jugement. L’homosexualité du protagoniste, de l’homme qui eut le plus de pouvoir aux USA durant près de 50 ans, est le réel moteur de l’écriture, qui entremêle, au cœur de la fiction, l’évocation et la manipulation du récit-même – Hoover dictant ses mémoires, sa vision du FBI, ne se retrouve-t-il pas confronté à admettre la subjectivité, mensongère, de son point de vue.

De l’écriture émane une tension et une force que le réalisateur ne parvient pas à mettre en scène, ou alors avec ridicule, à l’exception de très rares séquences, à l’instar de celle où la mère d’Edgar Hoover lui donne son point de vue sur l’homosexualité qu’elle ne nomme pas – car ce que l’on ne nomme pas, n’existe pas. Alors que de nombreux éléments sont rassemblés pour permettre de mettre en place la tension identitaire du protagoniste principal et sa complicité particulière avec Clyde Tolson, Easwood semble ricaner – ou du moins c’est la réaction qu’il suscite, preuve que l’ouverture d’esprit aux genres et aux sexualités est loin d’être acquise. Bref : nous n’y croyons pas ! Pourtant les mains se touchent, les regards se croisent, les respirations semblent coupées… mais sans la moindre sensibilité, avec, au mieux, sensiblerie.

Passons sur l’artificialité de la mise en scène, le caractère enrobant de la musique – un élément non ridicule mais proprement risible, ou plutôt un sédatif ! – et évitons de relever le côté marionnette du vieillissement des protagonistes auxquels le maquillage, très impressionnant au demeurant, ôte toute humanité tant ils en deviennent figés, afin de nous arrêter un instant sur le montage. Celui-ci est quelque peu dual, il répond à la logique de la complexité de l’écriture, basée sur l’évocation, et il fait écho au classicisme tout artificiel du réalisateur qui dirige en prenant soin de ne pas faire choir le moindre grain de poussière, en célébrant les effets redondants et esthétisants, par plaisir semble-t-il. Ainsi, au cœur de l’organicité, c’est avec une logique limpide que les scènes s’enchaînent comme si à une ouverture de porte, répond systématiquement une fermeture.

Alors certes Leonardo Dicaprio ou encore Naomi Watts impressionnent et ce, même si fardés ils semblent sans âme. Toutefois c’est Judi Dench qu’il faut ici célébrer : elle seule parvient à transmettre de l’émotion. Elle est admirable, vivante, vraie et terrifiante. Tout le contraire de J. EDGAR.

J. EDGAR

Réalisation : Clint EASTWOOD
USA – 2011 – 135 min
Distribution : Warner Bros.
Biopic / Drame

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