Critique : Ixcanul

On 18/11/2015 by Nicolas Gilson

Avec son premier long-métrage IXCANUL, Jayro Bustamante impressionne la réalité des plaines guatémaltèques, où croyances et traditions ancestrales font partie intégrantes du quotidien. Au travers du portrait de Maria, une adolescente Kaqchikel promise au contremaître de la plantation de café où travaille son père, il questionne le contraste entre deux mondes qui courent à leur perte.

Ixcanul © berlinale 2015

L’ouverture du film nous confronte au visage de Maria. La jeune fille a un regard d’une dureté bouleversante qui capte notre attention tandis que, lasse, elle laisse sa mère lui poser une coiffure traditionnelle. Une veine se dessine sous sa tempe et, si aucun mot n’est formulé, la situation tient du tragique.

La séquence qui suit permet d’établir la complicité entre Maria et sa mère tout en préfigurant sa destinée. Elles tirent dans un enclos une truie afin qu’elle se fasse engrosser. Si les animaux sont prêts, il ne se passe rien. La mère disparait avant de revenir avec deux bouteilles de rhum : les faire boire va les rendre chauds. La séquence semble banale, elle est pourtant pleine de sens.

La vie de Maria est pittoresque, elle vit au pied d’un volcan en activité, élevée selon des rites qui l’habitent moins que sa mère mais qui lui offrent l’excuse nécessaire pour s’évader et rejoindre, en secret, le garçon dont elle est amoureuse. Lui rêve de partir aux Etats-Unis, elle de l’accompagner. Mais leurs attentes ne sont fatalement pas les mêmes… La situation est-elle universelle que Jayro Bustamante la développe avec poésie et sensibilité se faisant le témoin du désir et du trouble féminin.

Ixcanul

Maria s’éveille en effet à elle-même et découvre ses envies. Elle se ment pour plaire à l’autre, fuit pour refuser ce qu’elle veut éviter et tait ce qu’elle ne peut exprimer. Divisée entre la passion et la raison, à sa manière, elle cherche à vivre libre. Naïvement. Trop sans doute.

Témoin malgré elle de la sexualité de ses parents, elle tente de repousser les avances de celui qu’elle aime tout en sachant pertinemment que celui qu’on lui promet n’attend d’elle qu’une seule chose. La séquence de la fornication entre les cochons trouve un écho multiple avec, toujours, l’alcool en arrière fond. Mais l’ivresse, Buscamente nous le montre, peut être plurielle et se révèle bien plus sensuelle contre l’écorce d’un arbre…

S’il se concentre dans un premier axe sur la jeune fille, le réalisateur épouse ensuite le combat de ses parents qui n’ont pas en mains les armes nécessaires pour faire face à un monde qui ne cesse d’assassiner le leur. Le réalisme et la poésie de l’approche s’unissent intelligemment. La photographie permet tantôt de transcender l’énergie des protagonistes, tantôt de les observer sans la moindre condescendance, dans la beauté d’une nature sans cesse sublimée.

IXCANUL
♥♥(♥)
Réalisation : Jayro Bustamante
Guatemala / France – 2015 – 90 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

Ixcanul - affiche

Berlinale 2015 – Compétition Officielle
Film Fest Gent 2015 – Compétition

Ixcanul © La Casa de Producción © Berlinale
slider65BerlinaleUGM

mise en ligne initiale le 8/02/2015

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