Critique : It Follows

On 24/03/2015 by Nicolas Gilson

Au coeur d’une désuétude contemporaine, entre rêve et réalité, David Robert Mitchell donne vie à une indélébile malédiction dont la singularité est d’être transmise lors d’un rapport sexuel. Palpitant d’un bout à l’autre, IT FOLLOWS nous conduit aux portes de l’horreur au fil d’une approche stylisée déstabilisante. Satané film.

Belle et sexy, Jay (Maika Monroe) enchaine les flirts. Pour l’heure, c’est Hugh (Jake Weary) qui fait battre son coeur. Prend-elle malgré elle le temps de se donner à lui qu’elle ignore qu’il lui réserve une surprise. S’ils n’ont rien de mémorables apriori, les quelques ébats sur le siège arrière de la voiture du bogosse qui ponctuent une de leur soirée lui seront fatals : poursuivie par une chose qui peut prendre toutes les formes, elle est condamnée à mourir atrocement à moins de transmettre la malédiction…

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L’ouverture est une savoureuse mise en bouche où, complètement paniquée, une jeune fille s’enfuit de chez elle et court dans la rue en tenue très légère. Son agitation pousse un badaud à lui s’inquiéter de son état. La panique est telle qu’elle ne lui répond pas. Son comportement devient illogique, elle rentre chez elle pour en sortir immédiatement, se met au volant d’une voiture et part à toute vitesse. Epuisée, elle trouve refuge sur une plage déserte où elle finit écartelée.

Fort d’exciter nos sens – avec notamment un premier emploi électrisant de la musique – David Robert Mitchell focalise ensuite son attention – et dès lors la nôtre – sur Jay qui adore tuer le temps en se prélassant en bikini dans la piscine du jardin et qui se pense adulte face à sa soeur Kelly qui mate des films de série B avec ses éternels amis. La complicité entre les deux soeurs permet de lever le voile sur la relation entre Jay et Hugh qu’elle trouve un peu étrange et avec qui elle n’a pas encore couché. Une fois cette question réglée, alors qu’elle se pavane à demi nue, tout bascule. Le visage de Hugh apparaît sous un autre jour dès lors qu’il confronte Jay à la réalité dans laquelle il l’a engouffrée. Mauvaise blague ou mauvais sort, Jay est en état de choc. Aussi elle se refuse de croire au récit qui lui a été conté et plus encore de se plier au conseil qui lui a été soufflé : archétype hypersexualisé, la jeune fille refuse de trouver dans la sexualité la réponse à un problème qu’elle considère comme improbable… jusqu’au moment où elle voit se diriger vers elle des êtres terrifiants, autant de tourmentantes visions que les autres ne partagent pas.

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Composant une intrigue où il nous met continuellement en haleine, David Robert Mitchell ne cesse de la nourrir d’une atmosphère singulière tout à la fois irréel et sarcastique tant le film semble paradoxalement hors du temps et ancré dans la réalité actuelle. Plus encore le rythme qu’il insuffle au film est tel que les illogismes pourtant apparents importent peu tant tout – et tout le monde – devient inquiétants. Complice de la protagoniste, nous partageons ses visions (et ses angoisses) tandis que Mitchell ne cesse d’attiser notre attention, de la troubler aussi. Sans jamais tomber dans les clichés du genre dont il s’amuse cependant, il assoit un climat en bien des points hypnotique, exacerbant notre ressenti par son sens du cadrage, quelques mouvements étudiés de caméra et une splendide utilisation du son et de la musique.

Bien qu’il ne creuse (malheureusement) pas plus avant le questionnement sur la sexualité ancré de facto par l’hypothèse narrative, en confondant et en confrontant en un même mouvement les notions de sexualité et de liberté, Mitchell ne cesse de titiller le puritanisme américain. Après tout, la sexualité (qu’il prive de toute légèreté) n’est-elle pas la première liberté à laquelle tend tout individu ? Puisse-t-il paraître superficiel, derrière un film de genre saisissant, Mitchell propose le troublant portrait d’une jeunesse en demi-teinte.

IT FOLLOWS
♥♥♥
Réalisation : David Robert Mitchell
USA – 2014 – 100 min
Distribution : A-Film
Thriller / Horreur

Cannes 2014 : Semaine de la critique

It Follows - poster

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