Critique : Irrational Man

On 05/08/2015 by Nicolas Gilson

Le cru 2015 de Woody Allen est une sympathique comédie toutefois très superficielle dont le titre se veut paradoxal : IRRATIONAL MAN met en effet en scène un professeur de philosophie, universitaire désabusé, qui est on ne peut plus rationnel – quoique toute méthodologie peut avoir ses failles. Gentiment enrobé, entre la praline et la madeleine, celle qui laisse à penser au (passé) meilleur du cinéaste, le film est une distraction courtoise voire une efficace dissertation à la grammaire apparente.

Irrational man Joachim Phoenix

Abe Lucas (Joaquin Phoenix), qui a la réputation d’être un tombeur invétéré, est transféré dans l’université d’une ville de taille modeste. Il a parait-il été quitté par sa femme qui se serait mise en couple avec son meilleur ami, du moins c’est ce qu’a entendu Jill Pollard (Emma Stone), l’une de ses étudiante fascinée par lui. L’homme est désabusé et appelle son auditoire à lire sous un angle assez désenchanté pour ne pas dire sans espoir les grands philosophes. Las et alcoolique, il a les faveurs de l’étudiante qui dissimule sa passion sous une apparente amitié et celle d’une collègue et voisine, Rita Richards (Parker Posey) qui ne dissimule rien du tout. De conversations en situations pittoresques, il se laisse vivre sans envie jusqu’au jour où survient tel un déclencheur l’idée qui changera sa vie en lui donnant un sens : la justice.

D’entrée de jeu artificiel, baigné d’une lumière orangée et bordé d’une musique lancinante, le film repose sur une double orchestration narrative, croisant, sous le regard du grand imagier qu’est Woody Allen, les points de vue des personnages d’Abe et de Jill qui se veulent tantôt narrateurs tantôt commentateurs du récit qui prend place. Une mise à distance plus folklorique que truculente tant sa logique s’avère in fine bancale pour ne pas dire bancale et simpliste.

Emma Stone - Irrational Man

Le scénario, léger et truffé d’anecdotes qui font autant de sketchs savoureux (ou est-ce l’inverse), se divise en deux parties, deux mouvements marqués par un basculement somme toute abscons, la conversation a priori insignifiante d’une mère de famille se plaignant de l’impartialité d’un juge. La comédie se double alors d’un suspens dont nous sommes les témoins privilégiés et que nous vivons selon deux point de vue opposés. La farce se veut sarcastique et le sarcasme farceur… Les ficelle ressemblent-elles au cordage d’un navire que la sauce prend au gré d’une recette renouvelée dont la saveur, loin de surprendre, paraît traditionnelle.

L’orchestration, toute démonstrative, est habile tandis que le temps glisse, se gomme au fil des fondus enchainés qui rythment les saisons de la narration. Le casting se plie au jeu de la représentation campant avec une certaine distance une galerie d’archétypes dont s’amuse avec ironie le réalisateur.

irrational manIRRATIONNAL MAN

Réalisation : Woody Allen
USA – 2015 – 96 min
Distribution : Paradiso Filmed Entertainment
Comédie

Cannes 2015 – Sélection Officielle Hors-Compétition

Irrational Man

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