Io Sono l’Amore

On 25/09/2010 by Nicolas Gilson

Io sono l'amoreIO SONO L’AMORE est un film d’une rare richesse, à la fois sensible et intelligent au point d’en être bouleversant. Et si Tilda Swilton y est époustouflante, la pertinence tant de l’écriture, de la mise en scène que des choix esthétiques est indéniable. Luca Guardagnino convie le spectateur à une réelle rencontre, proche d’une expérience sensitive, où il lui est offert de se fondre à une magnifique épreuve individuelle le conduisant de l’effacement de soi à l’éveil à la vie.

Bien que le film se déroule dans le milieu spécifique de la haute bourgeoisie milanaise, aucune distanciation radicale ne s’établit. Bien au contraire : dès l’ouverture du film le spectateur est invité à découvrir les us et coutumes d’un milieu spécifique tout en parvenant à atteindre une dimension empathique. Les gestes des uns et des autres mettent en place une ritualité pleine d’expression et de sens. La singularité de chacun transparaît : du petit personnel à la maîtresse de maison (Emma Recchi) chaque protagoniste semble être mis à nu, trahi par sa simple gestuelle et l’adresse de ses regards. Guardagnino opte de plus pour une ouverture sur un moment-clef, qui exacerbe l’hypothèse de rite : le dîner.

Cette séquence constitue un premier acte, celui de la rencontre et de la mise à feu. Un premier acte servi d’une prime approche tant scénaristique qu’esthétique : c’est que tant l’écriture que la réalisation et le montage évoluent en se modulant aux changement psychologiques des protagonistes, Emma – Tilda Swilton – en tête mais non exclusivement. La subdivision du film est évidente, composée de sections clairement identifiables par un intertitre. Le chapitrage est discret ; le glissement qui y prend place est fin, sensible – bien que radical, et correspond à la métamorphose psychologique du personnage d’Emma – métamorphose qui se module elle-même grâce aux cheminements individuels d’autres.

L’évolution de l’approche esthétique, sa modulation, ancre plus avant une hypothèse de complicité. Peu à peu le réalisateur en arrive à fondre la perception du spectateur à celle des différents protagonistes qu’il s’agisse de leur rêverie, leurs fantasmes où leur déséquilibre. Pour se faire il module le son, la photographie, les choix de cadrage … aidé par une logique de montage époustouflante. Toutefois la force première de l’écriture s’impose comme majestueuse : qu’il s’agisse du scénario en tant que tel où des références qui y sont faites – l’exemple du chignon renvoyant à VERTIGO parle de lui-même, et atteste brillamment de l’habilité de la cohésion entre l’écriture et la mise en scène. Les gestes, encore, sont emplis de symboles et de significations loin d’être gratuits. La modulation de la coiffure, qu’il s’agisse d’Emma ou de sa fille, est emblématique.

Une étrange poésie transparaît de l’ensemble. Luca Guardagnino parvient à mettre en scène un drame aussi pertinent que percutant. Une tragédie moderne – si tel est possible – où le destin amoureux ne cesse de se redéfinir singulièrement : de l’amour filial ou maternel au pur désir et à l’érotisme.

AMORE
IO SONO L’AMORE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Luca GUARDAGNINO
Italie – 2009 – 118 min
Distribution : Cinéart
Drame
EA

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