Invictus

On 13/01/2010 by Nicolas Gilson

Avec INVICTUS, Clint Eastwood nous offre à nouveau un film très politiquement correct où il appréhende de manière convenue la prouesse de Nelson Mandela qui parvint, grâce au rugby et aux Springboks, à asseoir un réel sentiment national en Afrique du Sud. Le réalisateur nous propose un biopic morcellaire au sein duquel il met en scène un moment clef de l’Histoire. Sans grande surprise INVICTUS est édulcoré pour ne pas dire bien lisse : adaptation à l’écran du roman de John Carlin (Playing the Enemy) le film s’impose comme une leçon gentiment morale bien artificielle sur fond de suspens.

La réalisation du film est soignée : Clint EastWood nous confronte à l’émoi des différents protagonistes en optant pour un cadre résolument serré, embrasse sans cesse la fluidité des travellings voire se décide pour des effets ralentis selon la réaction que cela engendre théoriquement sur nous. Mais si le réalisateur maîtrise le langage cinématographique il se l’approprie sans la moindre singularité : il n’a de cesse d’user d’effets au point d’assurer une profonde artificialité. Une improbable artificialité, renforcée par la mise en scène, qui conduirait presque au ridicule si la musique atmosphérique ne sauvait les meubles : drame et tension ne sont accessibles car grâce à l’enrobage musical.La direction d’acteur se veut duale ; divisée entre une volonté de tendre à une fictionnalisation du réel, étonnante de justesse, et une schématisation gestuelle et rhétorique presque affligeante. Morgan Freeman est époustouflant dans le rôle de Nelson Mandela tout en tendant ponctuellement à une imitation simiesque de ses gestes et de son phrasé. Matt Damon quant à lui apparaît quelque peu américano-américain à la limite du surjeu ; certes il est crédible mais son personnage est inexorablement « exemplaire ». Un élément prête également à interrogation : les accents des uns et l’absence d’accents des autres …

La direction des figurants est quant à elle pathétique : censés faire partie du décors, se fondre au point de disparaître dans la réalité spaciale les figurants s’imposent comme irrémédiablement présents. Plus encore ils apparaîssent comme autant de caricatures grossières mimant joie, colère et autre sentiments basiques avec une exagération sans borne. Cela ne jure en somme pas face à la mise en scène appuyée de l’ensemble des séquences.

En effet afin d’expliquer au mieux l’apartheid et ses répercutions dans le quotidien des Sud-Africains Clint Eastwood opte pour une insistance inénarrable sur des situations devenant dès lors aussi symptomatique que symbolique : premièrement la tenue sportive des Springboks (un objet empli de sens mais afin d’être certain que nous le comprenions le réalisateur semble avoir envisager l’écrire sur l’écran), la position sociale (lorsque l’esclave familiale devient membre du microcosme même) ou encore l’incarcération passée de Nelson Mandela. Trois éléments riche de sens appréhendé sans la moindre subtilité par le réalisateur. Tout est mâché, re-mâché (…) afin d’être aussi digeste qu’intelligible. Enfin un séquence entière témoigne du glaçage à l’américaine, du formatage pour un public avide de sensation (seule condition à la captation de l’attention ?) : Clint Eastwood ancre une tension à la fois narrative et visuelle – la seule séquence fonctionnant indépendamment de l’hypothèse musicale – en mettant un scène un avion survolant dangereusement le stade lors du match final de la coupe du monde de rugby. Une tension proprement « post 11 septembre » qui fait sourire.

INVICTUS ne convainc donc guère … A moins que nous ne succombions aux charmes de l’artifice hollywoodien.

INVICTUS
*
Réalisation : Clint EASTWOOD
USA – 2009 – 132 min
Distribution : Warner Bros.
Comédie dramatique / Biopic
EA

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