Interview : Yeon Sang-ho

On 28/10/2016 by Nicolas Gilson

Première « Séance de minuit » du 69 ème Festival de Cannes, TRAIN TO BUSAN a séduit les spectateurs qui ont embarqué dans un train reliant Séoul à Busan alors qu’un virus inconnu se répand en Corée du Sud. Reposant sur une dynamique de genre délicieusement caricaturale, le premier film en prises de vues réelles de Yeon Sang-ho répond à son troisième long-métrage d’animation SEOUL STATION. Rencontre avec le réalisateur qui signe un divertissement aux accents métaphoriques.

Train to Busan - Yeon Sang-Ho sur le tournage

Dans quelle mesure TRAIN TO BUSAN est-il la suite de SEOUL STATION, et pourquoi avoir quitté l’animation ? - J’ai toujours été intéressé par la figure du zombie qui présente une figure sociale en elle-même. Je voulais travailler cela dans mes films et j’ai développé SEOUL STATION. En discutant sur le ton de la rigolade avec mon équipe d’animation, j’ai commencé à imaginer ce qui pourrait arrivé après. Dans SEOUL STATION, qui est très sombre et dont le message est assez fort, tous les événements se déroulent en une nuit. Je me demandais ce qui pourrait advenir le jour d’après. J’ai commencé à penser à un film un peu similaire qui serait plus centré sur les émotions personnelles. J’en ai parlé à ma production qui m’a proposé de faire un film en prises de vues réelles.

Les codes du film de genre sont mis en place dès la scène d’introduction, ce qui vous permet de jouer avec l’attention du spectateur. Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette dynamique ? - C’est une caractéristique du cinéma commercial. Comme les Coréens ne sont pas habitués à ce genre, j’avais peur que le film leur apparaisse trop extérieur s’ils ne s’identifiaient pas à fond. Je voulais qu’il y ait une possibilité d’identification dès le début.

Alors qu’il s’agit d’un divertissement apriori commercial, vous mettez en place un réel discours sur le devenir de la société. - Beaucoup de journalistes coréens trouvent au contraire que je suis devenu beaucoup moins social et que ce message semble s’être dissous. La presse étrangère, au contraire, me questionne sur l’aspect social de mes films. Je voulais montrer que certaines personnes, par hasard, peuvent devenir des héros tandis que d’autres deviennent des monstres. Je ne parle pas que des zombies, c’est plus figuratif, certains personnages devenant des hommes sans coeur. Je voulais montrer cet aspect de la société coréenne à travers ces personnages.

Train to Busan

Vos zombies sont très rapides et alertes. Pourquoi cette prise de liberté par rapport à une des règles qui les définit ? - Les Zombies sont des cadavres, et les cadavres ce sont des corps qui pourrissent petit à petit et dont les muscles se relâchent petit à petit. Effectivement, ils ne peuvent qu’être lents. Mais, cette idée répond à SEOUL STATION : ça ne fait pas encore 24h qu’ils sont devenus zombies, donc tous leurs muscles et leurs mouvements sont encore actifs. En fait j’ai été inspiré par DAWN OF THE DEAD de Zack Snyder où dans la scène d’ouverture les zombies sont très rapide avant de devenir très lent plusieurs mois après.

Au-delà vous offrez à vos zombies d’autres caractéristiques à l’instar de leur aveuglement. - Pendant la préparation du film, je me demandais comment j’allais exprimer les zombies. Tout a commencé par le design visuel. On s’est dit que ce serait bien que leurs yeux deviennent petit à petit blanc. Ça me plaisait beaucoup visuellement, et pour le justifier je me suis dit que ce serait comme une sorte de cataracte. J’y voyais une maladie cérébrale, comme une maladie psychologique : pour moi, les zombies sont atteints d’une forme d’Alzheimer extrême et que lors de leur transformation des souvenirs leur reviennent.

Comment avez-vous vécu la première du film en Séance de minuit à Cannes alors que le public applaudisait durant la projection ? - Par rapport à mes films précédents, tous très lourds et très sombres, je me demandais comment TRAIN TO BUSAN allait être reçu. Et j’ai eu l’impression de respirer le même air que le public : à entendre et à voir la réaction du public, j’ai eu l’impression de découvrir un nouveau film. J’étais évidemment très content.

yeon sang-ho train to busanaffiche Train to Busanmise en ligne initiale le 16/05/2016

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