Interview : Wim Willaert

On 16/11/2016 by Nicolas Gilson

Dans LE CIEL FLAMAND, Wim Willaert incarne « Tonton Dirk », un chauffeur de bus solitaire bien malgré lui. Révélé au cinéma (francophone) par QUAND LA MER MONTE de Yolande Moreau et très populaire en Flandres notamment pour ses rôles dans des productions télévisuelles, l’acteur y est proprement métamorphosé tant il intègre physiquement la dureté qui définit le personnage écrit pour lui par Peter Monsaert. Rencontre. 

Le ciel flamand - wim willaert

Peter Monsaert a écrit LE CIEL FLAMAND en composant le personnage de Dirk pour vous. Quelle fut votre réaction à la découverte du scénario ? - Comme j’ai confiance en lui, même sans le lire, je lui ai dit oui. Quand j’ai lu le scénario, je me suis demandé quel type de film c’était. Je ne savais pas si c’était un thriller ou un drame social. Je n’ai vraiment compris la nature du film que sur le tournage. Avant ça, je pensais que c’était le décor d’un drame social, mais qu’il s’agissait d’un film d’horreur. C’est un film très particulier dont je suis très fier. (…) Le film suscite les discussions. Le spectateur est habité, questionné par lui. C’est ce que j’adore dans le travail de Peter. Ses films restent sur l’estomac. Il ne montre rien, et pourtant on voit des choses différentes parce que le film est ouvert aux fantasmes et aux projections. (…) Le film n’a pas eu de financement du côté francophone car (les membres de la Commission du film) se demandaient quelle était la morale. Mais le but même de Peter était de faire du public cette « morale ». Et il a réussi.

Comment présenteriez-vous le film ? - C’est très difficile car on peut le « spoiler » très vite. Si tu as des enfants, ce film permet de voir ce qui se passe si quelque chose de grave arrive. Pour moi, c’est l’histoire d’une famille. On s’intéresse aux réactions des personnages face à ce qui leur arrive. On avait le même problème avec OFFLINE, on ne pouvait pas en dire grand chose. (…) La plupart des gens essaient d’épargner le pire. Mais en faisant ça, en évitant le négatif, on évite aussi le meilleur. Mais quand on est dans cet entre deux, on adore voir les gens très heureux et plus encore découvrir les mauvaises choses en espérant qu’elles ne nous arrivent jamais. C’est peut-être la meilleure raison pour aller voir le film.

Le scénario semble comparable à un texte à trou, à une partition remplie de moments suspendus. Quelle fut votre réaction lorsque vous l’avez vu ? - J’ai vraiment découvert le film en y voyant des choses très graves et en me demandant où cela m’emmenait. Je suis capable de regarder un film sans me voir et sans me regarder – du moins la première fois que je le vois. En fait, quand je me vois, c’est que le film n’est pas bon. Ici, j’ai vu le film sans jamais me voir. Le dernier tiers m’a beaucoup ému. Je me demande si Peter est conscient que la vraie émotion pour le public ne vient qu’à la fin.

Wim Welvaert op de set van Le Ciel Flamand.

Souvent, la première chose que voit un comédien, c’est lui. - Je vois le film une fois. Après, je ne suis plus capable de le voir – ou peut-être après cinq ans. La deuxième fois où je regarde le film, je ne le voit plus en fait. Et je n’ai pas envie de ne pas le voir.

Comment avez-vous travaillé le personnage ? - On peut dire que je suis très paresseux, mais je travaille beaucoup avec l’inconscient. Avant le tournage, je visite les décors et je rencontre mes partenaires ; on me mets des costumes et d’autres souliers, j’apprends à conduire un bus. Je ne prends pas de notes, mais peu à peu le personnage se dessine en moi. Lorsque le tournage commence, je vis la vie du personnage. Toutes ces choses m’influencent de manière inconsciente. Ici, j’ai remarqué que je suis vraiment laid. J’étais rasé et je sentais constamment un double menton – que je n’ai pas dans la vie. (…) Je n’ai pas le personnage avant le tournage. Il est là le dernier jour, après le dernier « coupez ».

Que vous reste-t-il de Dirk ; que vous a-t-il appris ? - J’ai appris que je peux utiliser utiliser mon propre visage comme un masque. Honnêtement, en Flandres toute le monde me reconnait dans la rue parce que je joue dans une série populaire, mais si j’ai son masque et que me sens « comme lui », on ne me reconnait pas. Mais il fait peur aussi. Je ne le fais pas, parce que je ne suis pas comme ça. Le visage de Dirk est son propre masque, on ne voit pas son expression – on peut peut-être deviner son ressenti dans son regard. Il n’est pas très communicatif.

Quelle relation de travail avez-vous avec Peter ? - Peter est très subtil. Pour le dire platement, il sait jouer avec mes cacahuètes. Il sait ce qu’il doit me demander pour obtenir ce qu’il veut. C’est beaucoup en parlant. Il est très à l’aise. Je compare la direction d’acteurs au dressage de chevaux : il faut les laisser courir pour regarder ce qu’ils font ; il faut d’abord regarder ce qu’ils te donnent. Peter le fait. Il établit un dialogue, c’est très ouvert. C’est une manière de travailler que j’adore.

Wim Willaert - Interview © UniFrance

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