Interview : Valentina Maurel (Paul Est Là)

On 17/05/2017 by Nicolas Gilson

PAUL EST LA de Valentina Maurel fait partie des 16 films d’écoles qui seront présentés à la 20e édition de la Sélection Cinéfondation lors du 70 ème Festival de Cannes. C’est dans le cadre d’un Master à l’INSAS (Institut Supérieur des Arts), que la Franco-Costaricienne a réalisé ce film dont le titre résume un état d’esprit : « Paul est là. Comme un retour en arrière, comme un fantôme qui sonne à la porte. Jeanne doit l’héberger, le laisser s’installer quelques jours. Il est là, mais ni Jeanne ni lui ne savent très bien pourquoi. » Rencontre.

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Quand avez-vous appris la sélection de PAUL EST LA au Festival de Cannes  ? - En mars, à la veille de mon départ pour le Costa Rica. Je ne m’attendais pas du tout à être sélectionnée. Je ne pensais pas que faire une affiche ou une bande-annonce était nécessaire. Là, tout a été fait un peu rapidement.

Qu’attendez-vous de cette expérience ? - C’est très simple : pouvoir continuer à faire des films. Ça peut sembler évident, mais quand on sort d’une école de cinéma on ne peut pas aller toquer à la porte des boîtes de production comme ça. Je me dis que cette sélection va m’offrir la possibilité de rencontrer des producteurs et qu’on voit mes films.

Avez-vous une idée du programme qui vous attend ? - Oui, le programme nous a été communiqué. Il y a plein d’activités dont une masterclass avec Cristian Mungiu. Je vais rencontrer des cinéastes de partout dans le monde qui doivent être dans le même état que moi et je vais pouvoir voir leurs films, et ça ça va être extrêmement enrichissant. (…) Je me suis renseignée auprès d’Alexandre Gilmet dont le film a été sélectionné l’an dernier pour savoir un peu à quoi m’attendre et comment organiser mes journées là-bas.

Est-ce que le cinéma de Cristian Mungiu vous parle ? - J’avais beaucoup aimé 4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS. J’ai vu BACCALAUREAT il n’y a pas très longtemps et je trouvais le film très intéressant car il parle d’une relation père-fille sous l’angle d’un père surprotecteur qui est prêt à tout pour voir sa fille réussir dans sa vie. C’était drôle de voir un film si différent du mien qui, quelque part, parle d’une même relation. Je respecte beaucoup ce cinéaste qui, je pense, prône plus le scénario que le style, et donc je en sais pas ce qu’il va penser de mon film dont le style est un peu visible.

Paul est là - cinéfondation - Valentina Maurel

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’être réalisatrice ? - Mon père me montrait beaucoup de films. Je crois que quand mes parents ont divorcé, j’ai rencontré mon père comme une personnage fragile, seule. Sa façon de passer du temps avec moi consistait à me montrer des films, quelquefois trop difficile pour mon âge – je pense avec vu LE CUIRASSE DE POTEMKINE ou ORANGE MECANIQUE sans avoir 12 ans. Par ailleurs ma mère est comédienne et je trouvais qu’elle n’arrivait pas à canaliser son énergie ; elle m’exaspérait au plus haut point. Je crois que j’ai décidé d’être réalisatrice pour pouvoir diriger une comédienne. C’est un peu bizarre de le dire comme ça, mais être derrière la caméra me donnait du pouvoir.

Avant de faire l’INSAS vous avez fait l’INRACI. Pourquoi ? - Quand je suis arrivée du Costa Rica, je voulais faire une école de cinéma où il n’y avait pas de concours d’entrée. J’en avais peur. On m’a parlé de l’INRACI (ndlr : aujourd’hui appelé HELB) et j’étais contente de faire cette école car l’aspect « reconnu » de l’INSAS m’intimidait. L’INRACI m’a donné une vision plus terre à terre du cinéma, où finalement on fait les choses sans les justifier théoriquement. Comme je suis plus instinctive et pas vraiment cinéphile, j’ai commencé par faire les choses à ma manière. Ensuite, en entrant à l’INSAS j’ai appris plus de références, à écrire des dossiers et un certain nombre de choses qui aujourd’hui me sont utiles.

Vous étiez déjà diplômée en réalisation de l’INRACI aussi pourquoi avoir tout de même fait un nouveau master à l’INSAS ? - Je comptais retourner au Costa Rica, mais le hasard a fait que j’étais en couple et comme je n’avais pas envie de commencer à travailler tout de suite sur les plateaux j’ai passé le concours de l’INSAS en me disant que ça n’aboutirait pas puisque personne de l’INRACI n’avait obtenu une passerelle. Et je l’ai eu. J’ai fait une année « troisième année » avant de faire le master ce qui m’a permis de comprendre le fonctionnement de l’école. Les intérêts de deux écoles sont différents, mais elle sont toutes les deux légitimes.

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Quelle a été la genèse de PAUL EST LA ? - J’ai toujours travaillé autour du sujet de la famille. Je m’identifiais à la fois au personnage de cette jeune fille qui doit surmonter ses angoisses personnelles et à ce personnage un peu lunaire et bordélique qui ne correspond pas du tout au rôle qu’il lui revient. C’est plus facile de se dédoubler en deux personnages.

A quel moment est apparu le tire ? - Je n’ai jamais trouvé de titre. Même si l’esthétique put sembler maîtrisée, je fais mes films de manière assez instinctive et je n’ai pas beaucoup de recul par rapport à ce que je fais. J’ai filmé plusieurs fins ; j’ai cherché et raconté des choses sans avoir ni conclusion ni jugement. Du coup le titre était assez difficile à trouver. Et comme il n’est pas très bavard, je ne pouvais pas prendre une réplique ou un bon mot. Finalement, je me suis dit que c’était peut-être aussi simple que la présence de ce personnage dans la vie de Jeanne.

Vous avez donc entamé le tournage avec un scénario ouvert et testé des fins. Dans quelle mesure est-ce que l’INSAS permet cette forme expérimentation ? - A vrai dire c’est un risque que j’ai pris en tournant. J’ai quelque part « trahi » le comité de sélection une fois sur le plateau. Mais certains professeurs sont tout à fait conscient de la fragilité d’un scénario et de l’importance d’une écriture plus spontanée, en tant réel. L’intérêt de l’INSAS est de ne pas être enfermée dans une pédagogie univoque et rigide. Comme il y a des professeurs avec plusieurs visions, on peut se sentir soutenus.

Le film est très bruxellois. - On me l’a fait remarquer au Costa Rica, mais plus comme une reproche. J’ai fait un film qui ressemble à l’endroit où j’habite. Ça fait huit ans que je suis à Bruxelles et j’aimais l’idée d’avoir un personnage d’expression flamande et une fille bruxelloise. J’aime bien le côté flamand un peu rock’n'roll, un peu punk car ça me fait penser à mon père qui est parisien.

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Vous ouvrez le film dans une wasserette. Pourquoi ce décor ? - En arrivant en Belgique, j’ai du aller y laver mon linge et je trouvais extrêmement bizarre d’aller laver ses petites culottes dans un lieu public. Toutefois, il y avait un sentiment assez libérateur de se dire que tout le monde est comme nous.

D’ailleurs, est-ce que vous dites wasserette ou salon-lavoir ? - J’ai grandi au Costa Rica et ce sont des mots que j’ai appris en arrivant en Belgique. Très franchement, moi je ne dis rien du tout car au Costa Rica ça n’existe pas. Mais j’ai du apprendre wasserette.

Jeanne est obsédée par sa propre odeur. - Ça fait partie de la réalité du corps et me permettait de parler de l’inconfort de cette fille dans son corps. Ça me donnait la possibilité de la caractériser. C’est une chose très courante d’être complexé par rapport à qui on est et ça se manifeste par des obsessions qui traduisent le sentiment de ne pas être à sa place. C’est comme si Jeanne n’avait pas le droit d’être confortable quelque part.

Paul, lui, se teint les cheveux mais prétend le contraire. - Ça participe à une même idée. Ce sont des petites impostures qui rendent les personnages attendrissants. Ce sont des petites angoisses qui donnent des nuances aux personnages. Paul au final n’est pas un enfoiré ni un punk absolu, c’est aussi cet être un peu vaniteux qui est allé dans cette imposture là. Il ne répond pas à son rôle et on peut se demander à la fin qui il est vraiment.

Comment avez-vous trouvé votre comédienne ? - J’ai fait passé beaucoup d’essais. J’avais vu Sarah Lefevre dans un clip de musique et je trouvais qu’elle avait une gueule. Quand elle a passé le casting j’ai tout de suite su que c’était elle. Elle était géniale et elle avait compris le scénario. Elle sentait ce que je voulais.

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Paul est là: Trailer HD par cinebelPaul est là - affiche

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