Interview : Simón Mesa Soto

On 21/05/2016 by Nicolas Gilson

Déjà lauréat de la Palme d’Or du court-métrage en 2014 pour son film de fin d’études LEILI, Simón Mesa Soto est à nouveau en lice pour le prestigieux prix avec son second court-métrage professionnel : MADRE. À travers ce film, il met en scène avec beaucoup de délicatesse l’histoire d’Andrea qui, à 16 ans, s’échappe de son quartier situé sur les collines de Medellin pour se rendre en ville et assister à un casting pour un film porno. Rencontre.

Simón MESA SOTO

Quel a été le point de départ de MADRE ? - Je n’ai pas entamé le projet par moi-même. En fait ce film fait partie du projet BREAK THE SILENCE, qui est un film en soi et qui regroupe quatre court-métrages issus de plusieurs parties du monde qui traite du même sujet. J’ai été invité à y participer par une commission du court-métrage suédoise. Ils m’ont demandé si je voulais faire un film sur l’exploitation sexuelle des enfants. J’ai répondu positivement et j’ai entamé des recherches.

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de mettre en scène une jeune fille qui passe un casting pour un film porno ? - Après de nombreuses recherches sur le sujet de l’exploitation sexuelle des enfants en Colombie, j’étais surpris, sur les sites de vidéos, par les visages de jeunes filles et leur expression. Ça m’a vraiment touché. C’est pour ça que tout le film se construit autour du visage, de ce que l’on peut voir dedans et de ce que l’on ne peut pas voir – parce que le hors-champs est très important. L’idée a été de faire le portrait d’une jeune fille qui faire du porno mais au-delà des vidéos ; il s’agissait de s’intéresser à ce qu’il y a derrière. C’est simplement le trajet de cette fille qui se rend à un casting et rentre chez elle.

La construction scénaristique est très épurée. - Le scénario a beaucoup évolué et puis, durant le tournage, on ne l’a pas utilisé. Le film a été écrit en salle de montage. Nous savions qu’il s’agirait du processus d’aller au casting. Il était important pour nous qu’à chaque instant nous puissions la sentir, partager son ressenti et ses émotions. Nous avons essayé beaucoup plus de choses durant le tournage que ce que nous avons gardé. Nous voulions voir ce que nous pouvions faire en plus pour comprendre l’histoire. Mais, effectivement, c’est assez simple. On les accompagne, avant et après, on partage avec elles ce qui se passe derrière ces vidéos.

MADRE Simón MESA SOTO cannes 2016

Le titre fait sens à la découverte du film. Quand l’avez-vous défini ? - Le titre est une des premières choses que j’ai choisies. Au début, je l’ai juste mis sur le scénario parce que ça me semblait nécessaire. Quand j’ai fini l’écriture, j’ai mis « Madre » parce que le dossier devait être nommé. Mais, en un sens, c’est devenu très intéressant. Au début, la mère était toujours très présente, c’était vraiment une fille à maman, et puis ça a évolué. On voulait décrire le trajet d’une fille qui veut devenir une femme mais qui, en un sens, retourne à la petite fille qu’elle est auprès de sa mère.

Le cadre est le plus souvent serré et frontal. - Nous voulions nous concentrer sur elle. Elle était le centre de chaque moment du film. On ne voit pas beaucoup les gens autour d’elle. On voulait vraiment focaliser l’attention sur elle.

Les costumes font sens : alors que la protagoniste cherche à se vieillir, elle doit soudainement paraître plus jeune. – On a beaucoup travaillé sur les costumes et sur le maquillage : que peut bien faire cette jeune fille pour paraître plus femme ? Mais au fil de l’évolution, elle nous montre ce qu’elle est, la petite fille qu’elle est. C’est le portrait que l’on fait au fil du film.

Comment avez-vous trouvé votre actrice, Yurani Anduquia Cortés ? - Ça a été un processus vraiment très long et délicat. C’était difficile car on ne débarque pas dans une école en demandant aux filles si elles veulent passer un casting pour un film qui parle du porno. C’était l’enfer, mais on s’est organisés. On a fait beaucoup de tests, et ça a été une manière assez étrange de voir combien il semble facile, en Colombie, pour des jeunes filles de faire du porno. On a fait plus de 400 tests à travers toutes la ville, dans les écoles, les bibliothèques, partout en fait. On en a pré-sélectionné quelques unes avec qui on a travaillé quelques scènes pour voir ce qu’elles pouvaient donner à l’écran. Il en est resté trois, et puis c’était elle.

Madre Simón MESA SOTO

Qu’est-ce qui vous plait dans le format du court-métrage ? - Il y a des histoires qu’on ne peut pas raconter à travers un long-métrages. Ce sont juste des court-métrages. C’est un super format. C’est comme un conte. Il y a les romans et les nouvelles. Il peut y avoir de très grandes toutes petites histoires courtes. C’est aussi un super format pour ceux qui veulent apprendre et explorer le cinéma. C’est le format parfait pour essayer des choses. (…) Les court-métrages que j’ai fait ont été une manière pour moi d’essayer des choses, de voir comment je pouvais les faire. Là, je me lance dans un projet de long-métrage.

Comment avez-vous réagi à la sélection du film en Compétition ici à Cannes ? - Comme il fait partie d’un projet plus large, j’étais très surpris que le film soit sélectionné. J’étais évidemment heureux. C’est super d’être là.

Qu’est-ce que présenter un film en Compétition a de particulier et comme conséquence ? - Tout le monde est ici, on peut faire connaissance et établir des connections. Nous avons pu discuter ensemble avec tous les réalisateurs de court-métrages en compétition et nous rendre compte de la diversité des manières de travailler. J’ai aussi eu l’occasion de discuter avec Ely Dagher qui a remporté la Palme d’Or l’an dernier et on a eu un échange vraiment intéressant.

Vous avez déjà remporté la Palme d’Or en 2014 pour LEIDI, est-ce que remporter un tel prix est important ? - Je ne pense pas que gagner un prix change quelque chose. Mais on a effectivement plus de soutien et d’attention. Mais les choses restent les mêmes : on travaille et on essaie de trouver des histoires. Evidemment, ça aide à faire le film d’après – surtout quand il y a une récompense en argent dont il peut bénéficier.

Madre 1

MADRE Simón MESA SOTO - cannes 2016 - court-métrage

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