Interview : Sébastien Houbani (Noces)

On 07/03/2017 by Nicolas Gilson

Aperçu dans GERONIMO de Tony Gatlif , JULIETTE de Pierre Godeau ou NOUS TROIS OU RIEN de Kheiron, Sébastien Houbani découvre sur le tard un passion pour le jeu et, après des études de théâtre, prend peu à peu au goût au cinéma en collaborant à de nombreux court-métrages. L’ancien cuisinier, qui donne aujourd’hui la réplique à Fanny Ardant ou à Catherine Deneuve, est avec Lina El Arabi l’une des révélations de NOCES. Dans le film de Stephan Streker, il interprète Amir, un jeune Pakistanais tiraillé entre la complicité qu’il entretient avec sa soeur et la volonté familiale de la marier pour sauver leur honneur. Rencontre.

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Comment êtes-vous arrivé sur le projet ? - A la base, un actrice avec qui j’avais déjà travaillé était pressentie pour le rôle de Zahira. Elle m’a présenté à Stéphane (Streker). J’ai passé des essais et trois jours après il m’a dit que j’avais le rôle.

Que saviez-vous alors du film ? - J’avais lu le scénario qui m’avait énormément plu. C’est un film qui est librement inspiré d’une histoire vraie. Ce qui m’a tout de suite intéressé, c’est qu’on ne juge aucun personnage. Ils sont tous très beaux et on a de l’empathie pour chacun. J’ai trouvé ça très fin et très beau à la fois. Je ne savais pas comment Stephan voulait le filmer ni quel point de vue il voulait adopter. Quand je l’ai rencontré, il m’a expliqué comment il voulait filmer ça, mais aussi pourquoi.

Comment avez-vous travaillé le personnage d’Amir ? - J’avais besoin de passer du temps avec des Pakistanais pour voir leur culture, leur façon d’être quand ils sont ensemble ou même de manger. C’est une très belle communauté, mais assez fermée. J’ai appris la langue ourdu avec un coach. En amont, on a beaucoup travaillé avec Stephan et l’équipe maquillage pour me transformer un petit peu – on m’a notamment jauni le teint. Il fallait qu’Amir soit très crédible jusque dans son look. Il y a eu beaucoup de préparation avant. J’ai eu la chance de travailler ça durant deux mois et demi. J’avais remarqué que la plupart des Pakistanais ont l’implantation des cheveux qui partent vers l’avant et je me suis dit qu’il fallait faire ça. La plupart des gens qui voit le film et qui me voient après sont assez surpris. Ils pensent vraiment qu’Amir est joué par un Pakistanais.

Vous avez du apprendre le ourdu pour le rôle. - C’était chaud. C’est une très belle langue, mais ce qui est compliqué ce n’est pas tant apprendre le texte phonétiquement mais y mettre des émotions sans que tu te dises que ce n’est pas ta langue. Le plus compliqué, c’est d’être dans l’émotion demandée en parlant cette langue qui n’est pas la tienne et que tu n’as jamais parlé de ta vie. Ce qui est aussi compliqué, c’est qu’en ourdu pour dire « c’est un bébé qu’il y a dans mon ventre » on dit « dans mon vendre, un Pakistanais il y a ». Dans ta manière de jouer cette phrase, tout est inversé.

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Amir est divisé entre le désir de sa soeur et celui de son père. - Tout l’enjeu du personnage était d’être dans l’ambivalence. Ils s’aiment tous dans cette famille, mais, du fait de leur âge, Zahira et Amir sont très très proches. Ce grand frère veut prendre position : il comprend sa soeur et essaie de convaincre son père. En même temps, il comprend les valeurs de la tradition et il sait son père malade, et ne veut pas que cette histoire l’affecte encore plus. Il est tiraillé entre les autres personnages. C’est ce qui m’a beaucoup plus à la lecture. Il est d’accord avec tout le monde et c’est son gros problème. Du coup, au bout d’un moment, il est perdu.

Les sentiments éprouvés par Amir le place dans une complexité émotionnelle qu’il vous a fallu traduire, notamment dans une scène finale à couper le souffle. - On a mis deux jours à tourner cette scène. On a eu la chance de travailler ça avec quelqu’un comme Stephan. On a d’abord pris une journée entière à tourner cette scène, et en fin de journée il est venu me trouver en me disant qu’on allait la recommencer le lendemain. Tout le monde avait pourtant l’air très content. Mais il a décidé de la refaire pour aller dans un autre sens. J’ai un peu galéré, mais je pense que c’est comme ça qu’il fallait le faire.

Le film est très découpé. Quelles ont été les exigences de mise en scène ? - C’est un réalisateur qui aime énormément les acteurs et qui leur laisse énormément de liberté. Du coup, il ne nous emmerde pas avec le moindre truc comme des marques au sol. On était plutôt libres dans le cadre. Après, Stephan travaille beaucoup en amont pour éviter de perdre du temps sur le tournage et aller à l’essentiel. Il est d’une extrême précision, rien n’est fait au hasard. Je pense qu’il s’est beaucoup couvert et qu’il a fait beaucoup d’axes pour avoir de la matière et avoir le choix au montage – pour éviter toute frustration. La cadence était assez forte.

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Interview réalisée lors du Festival du Film International du film Francophone (FIFF) de Namur

Noces - affiche

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