Interview : Quentin Dolmaire (Sage Femme)

On 22/03/2017 by Nicolas Gilson

Révélé par Arnaud Desplechin qui lui confia le rôle de Paul Dédalus jeune dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE, Quentin Dolmaire est aujourd’hui à l’affiche de SAGE FEMME de Martin Provost dans lequel il campe le fils de la protagoniste ; un jeune homme terrien, déjà adulte, qui ressent sans cesse le besoin de nager. Un élément qui a conduit initialement le réalisateur à chercher un grand mec baraqué – pas moi du tout, précise le comédien. Au final, comme les castings n’aboutissaient pas, sur les conseils de Catherine Deneuve, le réalisateur a cherché à rencontrer le jeune homme qu’il avait vu dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE. Et en parlant, ça a marché. Rencontre.

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A la sortie de TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE, vous évoquiez le fait que face aux aprioris que vous aviez du milieu du cinéma, travailler avec Arnaud Desplechin avait été rassurant. Est-ce que ces aprioris sont toujours là aujourd’hui ? - C’était toutes les images que je pouvais m’en faire lorsque je n’étais pas dedans. Je ne connaissais pas Desplechin. Comme je n’étais pas cinéphile, je ne connaissais pas grand chose. C’est très abstrait. Ça m’avait tué de voir qu’un réalisateur ne tenait pas la caméra sur un tournage… Et maintenant j’ai découvert que le plus difficile pour un film est peut-être de trouver le bon chef opérateur. Je savais aussi qu’il fallait que je me protège après TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE. De l’eau a coulé sous les ponts. Je connais un peu le milieu. Les choses se sont simplifiées.

Vous avez été propulsé sur le devant de la scène en très peu de temps : du tournage du film de Desplechin aux nominations aux César en passant par Cannes. - Les César comme les récompenses, ça ne fait pas plus d’entrées. Quand j’ai été nommé, on m’a plus reconnu dans la rue… Maintenant les premiers films ont du mal à se financer et les producteurs croient beaucoup aux « acteurs connus ». Mais ça ne va pas plus loin que ça. Concrètement, les conséquences d’une nominations sont très abstraites.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec Martin Provost ? - Les rencontres avec les réalisateurs sont très simples. Ils veulent juste te voir et prendre un café. On ne m’avait pas parlé en détail du scénario. On m’avait dit que Martin Provost cherchait un jeune homme assumé qui soit déjà un adulte. Après, il s’agissait de voir si on accrochait. Et Martin est très touchant et sympathique.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le rôle ? - J’avais confiance en Martin sur base des films que j’avais vu. Je pense que j’aurais été partant quel que soit le projet. Peut-être que si ça avait été un premier rôle j’aurais fait plus attention, mais le personnage me plaisait. Par rapport au personnage sophistiqué de Paul Dédalus, Simon est quelqu’un de simple d’accès – pour les spectateurs comme pour moi. En plus, c’est un adulte ce qui me plaisait parce que comme je suis assez jeune on ne me propose pas des rôles d’adulte. Et puis, il y avait le défi de la natation. J’ai fait six mois de piscine. J’étais content qu’on me demande de faire du sport. J’étais vraiment emballé.

Simon un personnage très terrien. - C’est comme ça que j’ai voulu le voir. C’est quelqu’un de simple, ancré dans le concret. Je n’avais pas à me tourmenter avec lui. Ce qui n’était pas forcément le cas du personnage de Paul Dédalus.

Comment avez-vous travaillé le rôle ? - Je ne sais pas trop comment il faut travailler au cinéma. Quand on répète trop de son côté, on fait des choses que le réalisateur ne veut pas voir. Et puis faut savoir rester à sa place, je n’avais pas de choses très intenses à jouer. Quand c’est simple il est inutile d’aller chercher midi à quatorze heure. J’ai essayé de travaillé une certaine maturité, une sorte d’assise, de stabilité… C’est un peu abstrait comme ça.

Vous vous êtes retrouvé face à deux monstres du cinéma français. - J’étais rassuré par mon personnage car il n’avait pas de zone d’ombre. J’avais des appréhensions. Faire quatre fois une prise avec Catherine Frot parce que tu ne sais pas faire un truc ou que tu as une mauvaise impression, c’est un peu emmerdant. Catherine Frot est une vraie travailleuse. Je n’avais pas envie de l’emmerder, non quelle soit difficile d’accès, mais elle travaille en profondeur. C’est chiant de la retarder dans son travail. Je n’avais pas envie de le gêner. Embrasser Catherine Deneuve, mine de rien… Durant la répétition tu ne sais pas si tu dois faire le baiser, si tu dois en prendre l’initiative ou pas, au risque qu’elle te trouve trop timide. C’était très impressionnant. Mais le personnage ne me faisait pas peur donc j’étais relativement serein. Et puis je pouvais faire confiance à Martin.

Les dialogues de Martin Provost, comme ceux d’Arnaud Desplechin, sont très bien écrits. - Je viens d’une école de théâtre et je travaillais beaucoup les mots. Ma façon de dire les textes est peut-être une marque de fabrique. Comme je n’ai pas beaucoup d’expérience en cinéma, je ne remarque pas quand les dialogues sont élaborés. Je ne pense pas qu’un ton naturel soit ce que les réalisateurs cherchent chez moi. Mais je crois beaucoup à la voix. On parle beaucoup du regard qui serait le miroir de l’âme. Pour moi, il y a le regard et la voix. Je crois qu’on peut beaucoup composer par la voix. Comment dire le texte est quelque chose qui me préoccupe beaucoup. Il faut que ce soit sensitif. J’essaie de trouver un personnage et de composer sa façon de parler.

Vous semblez témoigner d’un amour des mots. - C’est vrai que j’aime beaucoup les mots. Dire ce qu’il y a à dire et que ce soit compréhensible – c’est ce qui me tient beaucoup à coeur. Les scénarios parlent beaucoup de personnes qui s’aiment mais qui n’arrivent pas à s’entendre. Je crois que c’est pour ça que j’aime entendre le texte comme si j’étais spectateur. L’important n’est pas de bien le dire mais de bien l’entendre. Et puis, j’ai ce truc du théâtre où dès que quelqu’un parle c’est pour dire quelque chose. C’est important. Et la seule chose qu’on a en main, c’est le texte. Du coup, j’assume le texte. C’est la seule chose concrète que j’ai. Ce qui peut être déstabilisant au cinéma où le réalisateur peut soudainement décider de changer le texte ou de le virer. Et j’ai du mal à m’y habituer.

Vous nous aviez confié que lire un scénario était compliqué. Est-ce toujours le cas ? - Oui. On m’a proposé de jouer dans plusieurs films sans me faire passer de casting. On m’en a donc balancé les scénarios et aux premières lectures je ne sais pas quoi en penser. Ça commence à venir, mais j’ai encore du mal. La relation de confiance avec mon agent est assez importante. Il me dit quand même que peut lui importe que je fasse un JAMES BOND ou que je travaille avec Danny Boon du moment que je sois épanoui dans ma carrière. Un agent, c’est un mec qui sait comment ça marche, qui apprend à te connaître et qui sait quand ça peut être bien.

Quelles seraient vos envies ? - Il y a tellement de comédiens et il semble tellement compliqué de financer un film, que mes envies consistent avant tout à continuer à faire mon métier. Continuer à faire du cinéma, faire du théâtre et avoir des rôle différents. Globalement, on me propose des choses assez différentes. Je suis passionné par le jeu. Ça ne me dérangerait pas de faire des grosses comédies, moi je suis comédien et je veux jouer. Je n’en suis pas aux choix de carrière. Quand j’étais petit je voulais jouer et je n’ai pas envie que ça change.

Est-ce qu’il est facile de dire non à un projet ? - Non, c’est compliqué. C’est pour ça qu’il faut être fort, ne pas se croire tout puissant et avoir une super bonne relation avec son agent. C’est très dur de dire non. Peut-être plus tard, en s’adaptant à ce métier… Mais pouvoir osciller entre le cinéma d’auteur et le cinéma populaire n’est pas évident. Alexandre Astier est très doué pour ça, mais il est très seul. Il assume sa liberté. J’ai encore des choses à apprendre, et j’ai tout le temps.

quentindolmaireInterview réalisée au Festival 2 Valenciennes

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