Interview : Marion Hänsel

On 28/11/2016 by Nicolas Gilson

Onzième long-métrage de fiction de Marion Hänsel, EN AMONT DU FLEUVE met en scène deux frères qui, ne se connaissant pas, remontent un fleuve au fin fond de la Croatie afin de trouver réponse à la disparition tragique de leur père. La cinéaste belge, qui s’intéresse ainsi à la fragilité des hommes, retrouve l’élément aquatique cher à son oeuvre. Rencontre.

En-Amont-du-Fleuve © Fabrice-Mertens © FIFF

Quelle a été le genèse de EN AMONT DUFLEUVE ? - Cette idée a démarré suite à LA TENDRESSE. Olivier Gourmet, qui est pour moi un stradivarius, un des tous grands comédiens européens, y tenait un rôle principal et j’avais très envie de retravailler avec lui. J’avais sur le même film côtoyé Sergi Lopez dans un petit rôle caméo et je m’étais dit que ces deux gars qui se connaissent bien n’ont jamais eu de rôle ensemble. Et j’ai eu envie d’écrire quelque chose pour eux. Parallèlement, j’avais envie de retravailler avec John Lynch qui jouait dans THE QUARRY, un de mes précédents films. J’ai donc écrit quelque chose de fragile pour ces trois gars de 50 ans, qui ont des gueules et des physiques ; qui ont du coffre.

L’espace-lieu, prépondérant dans le film, a-t-il été un des moteurs de l’écriture ? - Ce lieu est arrivé en deux temps. Avec Hubert Mingarelli, mon co-scénariste, on a beaucoup réfléchi. Je voulais une nature omniprésente et relativement vierge ; un truc loin au bout du monde. On a beaucoup cherché. On a pensé à la Sibérie, au Fleuve Orange et à un moment donné au Cambodge. On a été jusque faire des repérages dans la jungle. Mais ce n’est était pas possible pour des raisons de production. J’ai donc recommencé des recherches et une réécriture pour adapter ce scénario à ce fleuve isolé et aride en Croatie. Je le trouve très beau, très graphique. La Croatie n’est jamais qu’à deux heures d’avion, et en plus il y avait la possibilité d’une coproduction.

En confrontant deux frères, vous mettez en scène et en regard deux types de masculinités très différentes. - Comme on savait, Hubert et moi, qu’on écrivait pour ces comédiens que l’on connaissait physiquement, on savait que, malgré leur virilité très présente, il serait intéressant de travailler leur fragilité à l’un et à l’autre. Evidemment le personnage joué par Olivier est un vrai écorché par l’absence de son père. Il pallie à ça par l’alcool, la cigarette et l’agressivité. L’autre a peut-être moins de malêtre, mais il a clairement souffert dans son enfance. Ces masculinités sont teintées de fragilité, mais heureusement : si les hommes virils n’étaient que des blocs de force, ils n’auraient aucun intérêt.

En amont du fleuve - interview Marion Hänsel

Votre scénario est une nouvelle fois empli de « symbolisme ». - Oui, ces deux garçons remontent vers les sources, vers le plus loin où peut les mener ce bateaux et continuent ensuite à chercher leur identité, leur vie en se demandant qui était ce géniteur, ce père. C’est évidemment très symbolique. L’un d’eux s’appelle Omer. Il y a en effet beaucoup de symboliques.

Jusque dans le titre, EN AMONT DU FLEUVE. - Lorsque Hubert me l’a proposé, j’ai dit oui tout de suite. Tout le monde, et même le distributeur, a trouvé ça évident. C’est poétique, c’est simple. Il est tout à fait juste par rapport au film, à son rythme et au rythme de la rivière.

La musique ponctue délicatement le film. Qu’est-ce qui en a guidé son emploi ? - J’aime tellement les silences. J’avais envie avec l’ingénieur du son de rythmer cette remontée du fleuve avec le bruit du moteur de ce petit bateau. Je voulais très peu de musique pour permettre aux spectateurs d’entendre tous les sons – le vent, les oiseaux, le clapotis de l’eau – et le silence ambiant. Je voulais leur permettre d’écouter la nature. Pour moi, écouter la nature est aussi important que la filmer. La composition est dès lors employée avec beaucoup de parcimonie.

En AMONT du fleuve - tournage

Si le son impressionne les sens, la photographie également. Vous donnez au film une lumière singulière. - La lumière est très contrastée. On a pas mal de nuit, sur les bords de ce fleuve et dans la cabine, où on est allé dans les extrêmes les plus basses qu’on pouvait pour que l’on voie encore les physionomies, les regards et les expressions. Il fallait que ces émotions passent presque plus dans le chuchotement de la voix. Il y a des choses très importantes qui se disent dans ces séquences en lumière très très basse. On a été vraiment limite au risque de ne rien voir. Mais je pense qu’on voit ce qu’il faut. On a pris des risques, mais c’est bien.

Est-ce que cela faisait partie de l’excitation du projet ? - Oui, parce que ça fait partie aussi d’une véracité. Si ces gars n’ont pas une lumière dès lors que le moteur est coupé, ils n’ont que les étoiles, la lune et une petite lampe frontale. Ils sont au bout du monde et il n’y a pas de lumière. On ne voulait pas éclairer « comme au cinéma ».

Une nouvelle fois l’eau prend un place importante. Elle apparaît être un élément récurrent dans votre cinéma. - Il y a un rapport absolument à l’eau et à la mer. Mon tout premier long-métrage, LE LIT, était déjà filmé sur les rives de l’Escaut. L’eau est présente dans presque tous mes films. J’adore entendre l’eau, la regarder, la filmer. J’aime être physiquement sur l’eau. Si pour certains filmer sur un bateau semble compliqué, ça fait partie des choses que je domine parce que j’aime ça, j’ai le pied marin. La nature est là dans tous mes films ; elle est omniprésente – avec ou sans eau. J’aurais difficile à rester trop longtemps loin de l’eau.

En Amont du Fleuve - InterviewInterview réalisée lors du 31 ème FIFF de Namur

En amont du fleuve - affiche

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