Interview : Makis Papadimitriou

On 31/05/2017 by Nicolas Gilson

En quelques années, Makis Papadimitriou s’est imposé comme l’un des acteurs grecs de sa génération. Il découvrira les planches alors qu’il est étudiant en physique à l’Université et décide alors de vivre une passion qui l’anime de plus en plus. Enchainant quelques court-métrages, films commerciaux et plusieurs rôles à la télévision, il travaille avec les figures émergentes de ce que d’aucuns qualifie de nouvelle vague grecque comme Athina Rachel Tsangari (CHEVALIER) et Syllas Tzoumerkas (A BLAST). Nous l’avons rencontré à Genève au 18 ème Black Movie où il présentait SUNTAN d’Argyris Papadimitropoulos et AMERIKA SQUARE de Yannis Sakaridis. Rencontre.

makis papadimitriou - suntan - μάκης παπαδημητρίου

Qu’est-ce qui vous a conduit à être acteur ? - C’est arrivé par hasard. Quand j’étais à l’université en physique, une amie qui était en philo et faisait du théâtre amateur m’a invité à assister à une répétition. Ça m’a vachement plu et j’ai commencé à faire du théâtre et à aller de moins en moins en cours. J’ai abandonné la physique et je suis allé au Conservatoire de théâtre à Athènes. Je ne pensais faire que de la scène, mais on m’a proposé de jouer dans un court-métrage et j’ai adoré. Depuis ça s’est enchainé et je préfère le cinéma. De fil en aiguille, j’ai fait des rencontres très importantes pour moi et j’ai la chance de jouer dans des films que j’apprécie avec des réalisateurs que j’apprécie.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le cinéma ? - L’effet de surprise. J’apprécie découvrir le résultat à l’issue du tournage. Au théâtre, on se rend compte de l’image globale de la pièce. Au cinéma, il est possible d’avoir l’impression que tout se passe très bien et, au final, de découvrir une bouse, et inversement. C’est une chose qui me plaît beaucoup.

Tant dans CHEVALIER que dans SUNTAN, vous n’avez pas peur de prendre des risques. - C’est justement ce qui m’intéresse quand je choisis mes rôles. J’aime que ce soit des personnages complexes qui me demandent de prendre beaucoup de risques. J’aime quand les personnages sont très différents de moi. C’est le point commun entre SUNTAN et AMERIKA SQUARE, et les rôles que j’ai choisis. En fait, il est plus difficile de jouer un personnage qui est plus proche de soi car on a moins de recul.

Vous vous mettez à nu, au propre comme au figuré. Au-delà de toute métaphore, la nudité ne semble pas être une barrière. - Au contraire, ça me fait très peur, mais c’est un défi qui me plaît. Quand je parviens à dépasser cette angoisse et que je vois le résultat, je me dis que ça valait la peine. Je ne cherche pas des films qui vont me faire souffrir ou me conduire à dépasser mes limites, mais si un tel défi se présente alors je le relève. Par exemple, la dernière scène de SUNTAN me procurait beaucoup de stress jusqu’au jour du tournage. Après une première répétition on s’est rendu compte que ça fonctionnerait et du coup, soudainement, l’angoisse s’est dissipée.

μάκης παπαδημητρίου - makis papadimitriou - chevalier

CHEVALIER, SUNTAN ou AMERIKA SQUARE ont en commun de proposer en toile de fond une radiographie de la société grecque contemporaine. Y a-t-il chez vous une volonté de témoigner, à travers vos choix, de la réalité de notre époque ? - Ce n’est pas une volonté. J’ai par exemple joué dans une comédie, et ça m’a plu tout autant. Je choisi surtout mes rôles par rapport aux réalisateurs et aux équipes avec lesquels j’ai envie de collaborer. Il faut avant tout que le projet m’emballe. Je ne me dis pas consciemment que je ne vais faire que des films sur la crise. C’est un peu un hasard en fait. Maintenant la situation est telle en Grèce que la plupart des projets parlent de cette réalité. C’est le cas de la plupart des scénarios que je reçois. Mais c’est le traitement qui détermine mon choix. Après, ce qui est amusant, c’est qu’au vu de la situation grecque, il est possible que des films qui n’en parlent pas du soient perçus par les spectateurs européens comme parlant de la crise. (…) L’impression qui se crée chez un spectateur est toujours valide. C’est clairement le but de l’art de susciter des interprétations différentes. La richesse d’un film émane peut-être d’interprétations qui échappent au réalisateur.

Parvenez-vous à être spectateur des films dans lesquels vous jouer ? - La première fois que je vois le film, c’est très compliqué. Je ne parviens pas à voir le film dans son ensemble parce que je me vois moi et les erreurs que je fais. Pour pouvoir le voir en tant que spectateur je dois le voir une deuxième voire une troisième fois. Je peux alors le découvrir dans sa globalité.

Il y a un paradoxe heureux, on évoque systématiquement la Grèce à travers « la crise », mais le cinéma grec semble se porter très bien. C’est une des cinématographies les plus dynamiques actuellement. - Il y a parallèlement un autre paradoxe, ces films qui circulent si bien en festivals ne rencontrent pas leur public en Grèce. Ils ne font jamais beaucoup d’entrées dans les salles grecques. À l’étranger on a l’impression que la production est importante, mais il s’agit de quatre ou cinq films « d’auteurs » par an. Il s’avère que ces quelques films ont énormément de succès à l’étranger. C’est évidemment très encourageant. Mais les films grecs qui fonctionnent en Grèce sont les nombreux films commerciaux.

amerika-square-makis-papadimitriou-μάκης παπαδημητρίου

Y a-t-il un scission entre la production commerciale et la production dite d’auteurs ou risque d’appartenir exclusivement à l’une ou l’autre catégorie  ? - Elles se mélangent assez bien et les acteurs peuvent passer d’un circuit à l’autre. De toute manière, il n’y a pas assez de films indépendants ; il n’y a pas assez de films qui se font pour pouvoir n’être que d’un côté ou de l’autre. Je n’aime pas cette séparation, je ne vois aucune raison de cloisonner les choses si on fait bien son travail. La différence entre les deux se fait surtout dans les entrées en salles. Si il y avait eu 3 millions d’entrées pour CHEVALIER, ce serait un film commercial et il serait alors considéré comme mainstream.

C’est la cas avec de nombreuses cinématographies, notamment en France. VOIR DU PAYS, dans lequel vous jouez, figure d’ailleurs dans le top10 des pires entrées en salles en 2016. - Alors qu’il a gagné le prix du scénario à Cannes…

Qu’est-ce qui vous a décidé à aller sur un projet comme VOIR DU PAYS dans lequel vous avez un petit rôle ? - Il n’y avait tout simplement aucune raison de refuser : le tournage était à Rhodes, un ami jouait dedans et c’était mon premier film non grec.

Y avait-il des différences notables entre un plateau de tournage grec et français ? - Sur le fond et la manière de procéder, non. Par contre il y avait une claire différence au niveau du budget. Il y avait beaucoup plus de facilités dans le tournage français. Sur les tournages grecs, on doit vraiment faire avec les moyens du bord. C’était beaucoup plus simple.

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Est-ce que vous préparez beaucoup vos rôles ou est-ce que vous travaillez plus à l’instinct ? - Je n’ai pas une manière précise de me préparer. Je fais entièrement confiance au réalisateur. C’est d’ailleurs comme ça que je choisis mes projets. C’est mon travail de leur faire confiance. Si ce n’était pas le cas, je mettrait moi-même en scène des films. Donc chacun sa place.

Derrière la boutade, est-ce que l’envie de réaliser vous habite ? - Pour l’instant je ne me sens pas prêt. Mais pourquoi pas, en commençant par un court-métrage.

Êtes-vous spectateur de cinéma ? - Le plus souvent possible.

Quels sont les films que vous allez voir ou qu’est-ce qui vous conduit à aller un film ? - Je n’ai pas vraiment un style de prédilection, mais je vais voir tout ce qui me semble « hot ». Je regarde les blockbusters américains chez moi tandis que pour les films européens et indépendants je vais plutôt au cinéma.


Interview réalisée au Black Movie 2017

mise en ligne initiale le 25/01/2017

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