Interview : Majd Mastoura (Hedi)

On 18/10/2016 by Nicolas Gilson

Révélation de la 66ème Berlinale, Majd Mastoura y reçoit l’Ours d’Argent du meilleur comédien pour son interprétation du personnage principal de HEDI (Inhebbek Hedi) – qui sera par ailleurs couronné de l’Ours d’Argent du meilleur premier film. Aujourd’hui étudiant en théâtre à l’Université de Paris3, l’acteur tunisien était au Festival du Film Francophone de Namur pour y présenter son film mais aussi pour participer à l’atelier Génération Talents. Rencontre.

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Comment êtes-vous arrivé sur HEDI ? - J’ai trouvé une annonce de casting sur Facebook. Je connaissais le deuxième assistant réalisateur, Nasredine ben Maati, qui a également été assistant casting, et je l’ai contacté. Je suis allé au casting. Je ne connaissais pas Mohamed Ben Attia dont j’ai cherché le nom sur Internet sans trouvé ses films. On a fait connaissance. Il a parlé du projet et du personnage, et on a fait des tests. Il m’a rappelé après deux semaines. On a fait des essais avec Rym Ben Messaoud et une énergie fonctionnait très bien entre nous. Après, Mohamed nous a rappelé pour nous dire qu’on était pris pour le film.

Qu’est-ce qui vous plaisait dans la scénario ? - Le fait que le personnage de Hedi est très différent de moi dans sa manière d’être : il est introverti, il n’a pas beaucoup de confiance en lui ; il est dominé et il subit pendant une bonne partie du film. Ça m’a demandé beaucoup de travail au niveau du regard et dans la manière d’être. Je parle très fort dans la vie ce qui n’est pas le cas de Hedi. C’était quelque chose de très différent pour moi. J’ai aussi été séduit par la simplicité de l’histoire, son caractère universel et la très grande sensibilité d’écriture. Mohamed avait une vraie vision artistique au travers d’une simplicité qui n’est pas superficielle et raconte beaucoup de choses sur les humains, sur la société tunisienne, sur l’amour, sur les choix de vie et sur la liberté. Très subtilement.

Inhebbek Hedi -Rym Ben Messaoud 02 © Frederic Noirhomme NOMADIS IMAGES-LES FILMS DU FLEUVE–TANIT FILMS.jpg

Le personnage est effectivement, du moins au début du film, très effacé. Comment vous êtes-vous préparé ? - On a beaucoup travaillé avant le tournage. On a répété deux semaines dans les décors. On était résidents dans l’hôtel où on tournait le film, donc on vivait en quelque sorte dans le décor. Et, un peu comme dans le film, c’était un décor déprimant : l’hôtel est immense et il n’y avait qu’une soixantaine de touristes ; ce n’était pas très joyeux. Tout ce travail de répétition a permis une préparation mentale. La communication avec Mohamed était très présente. C’est une part importante de notre travail. Au début des répétitions, Mohamed a commencé à paniquer. Il a commencé à avoir des doutes sur ma capacité à incarner le personnage de Hedi parce que dès que je finis mes répliques, je sors pour fumer une cigarette et je redeviens moi. Après beaucoup de travail on y est arrivé.

La caméra fait souvent corps avec vous, épousant vos mouvements. Etait-ce contraignant ? - Non. Aucun détail technique n’a été contraignant. Au contraire, c’était même amusant d’être toujours accompagné. Une fois qu’on a confiance en l’équipe, on éprouve du plaisir à travailler avec ces gens-là. C’était le cas avec le réalisateur, avec le chef opérateur, Frédéric Noirhomme, et avec la première assistante, Caroline Tambour. Il y avait beaucoup d’humour sur le plateau, l’ambiance était conviviale. Dans ce genre d’ambiance, même les contraintes physiques sont facilement dépassables.

Inhebbek Hedi -Rym Ben Messaoud 04 © Frederic Noirhomme NOMADIS IMAGES-LES FILMS DU FLEUVE–TANIT FILMS.jpg

Que vous a apporté HEDI ? - Ce fut une expérience intéressante et humaine à plusieurs niveaux. Je me suis beaucoup amusé. Contrairement à limage qu’il dégage, on a un réalisateur qui est très drôle. Pareil pour Fred et Caro. Je me suis retrouvé entouré d’une bande de fous. On rigolait tout le temps. Et puis, être entouré par de très grands comédiens et leur générosité, ça rassure. J’étais chaque jour plus curieux.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez remporté l’Ours d’Argent du meilleur comédien ? - C’était énorme. C’était très inattendu. Ce n’est que mon deuxième film. J’avais 24 ans. C’est immense à mon âge et avec mon expérience… et c’est aussi une très grande responsabilité. On m’a mis la barre très haute. C’est vraiment quelque chose de concret. (…) Mais c’est aussi rassurant de voir que des gens trouvent que ce que je fais est bien. C’est peut-être le début de quelque chose de très intéressant.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ? - J’avais fait du théâtre jusque l’âge de 14 ans. J’adorais jouer, mais j’ai arrêté parce qu’on déménageait. J’ai compensé le vide du théâtre par l’écriture. Du coup en 2011, j’ai mis en place avec des amis un collectif d’Arts de la rue qui s’appelait « Sweet Poetry ». On organisait des sessions de poésie dans la rue. Tout en continuant à écrire, ça m’a ramené vers la performance. C’était particulier, j’adorais ça. C’est très différent du travail de comédien. Jilani Saadi m’a ramené dans le monde des acteurs. J’ai joué dans mon premier film sous sa direction et peut-être que sans cette proposition (ndlr premier rôle masculin dans BIDOUN 2) je ne serais pas là aujourd’hui.

Majd Mastoura Ours d'Argent HEDI

Interview réalisée lors du 31ème FIFF de NamurFIFF2016-InterviewsTheatreAndy-Tierce-1-web,xlarge.1475684371

Interview de Mahomed Ben Attia : Cliquez ICI

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