Interview : Jean-Jacques Rausin

On 01/05/2016 by Nicolas Gilson

Complice de longue date de Xavier Seron, Jean-Jacques Rausin fera ses débuts « officiels » au cinéma sous sa direction dans RIEN D’INSOLUBLE (2005) avant de le retrouver sur le plateau de LE CRABE (2007), de MAUVAISE LUNE (2011) – qui lui vaudra une brochette de prix d’interprétation – ou de L’OURS NOIR (2015). Il enchaîne rapidement les rôles dans les films de Jacques Molitor, Christophe Hermans, Méryl Fortunat-Rossi, Matthieu Donck, Sarah Hirtt, Pablo Munoz Gomez ou Ann Sirot et Raphael Balboni. Campant le premier rôle dans la comédie grinçante JE ME TUE A LE DIRE, il y incarne Michel Peneud, un comédien hypocondriaque un peu trop proche de sa mère. Rencontre.

Photocall du Jury Cantillon

Avec JE ME TUE A LE DIRE, Xavier Seron vous offre un premier rôle dans un long-métrage. Un projet qu’il a écrit en pensant à vous. - J’ai été un des premiers au courant de l’écriture de son premier long-métrage. C’est arrivé à la fin du tournage de RIEN D’INSOLUBLE dans lequel j’avais le premier rôle. Ça c’était bien passé, les affinités étaient là. Xavier m’a dit vouloir faire un long-métrage avec moi. Evidemment, on ne savait pas quand. C’était la donnée inconnue… Et le film est arrivé 10 ans après. J’ai suivi la « genèse » du début jusqu’à la fin. On s’est vu régulièrement et Xavier m’a informé de toutes les évolutions, ce qui a été très intéressant pour moi car j’ai pu voir l’envers du décor et apprendre ce que je ne connaissais pas du tout : le côté « production » et la difficulté de mettre un projet de long-métrage sur rails.

Avant d’incarner Michel Peneud, vous avez en quelque sorte vécu avec lui durant 10 ans. - C’est un vieil ami en fait. Ce qui est amusant, dans le scénario, c’est que la définition du personnage est restée « un jeune trentenaire ». Avec le temps Xavier a du adapter son histoire et son personnage parce qu’il a vécu d’autres choses. Je pense quelque part l’avoir incarné durant ces 10 années : dans les autres court-métrages que j’ai fait avec Xavier, comme MAUVAISE LUNE ou LE CRABE, les personnages sont un peu des cousins de Michel. D’une manière ou d’une autre, ils se ressemblent tous ; ils ont beaucoup de dénominateurs communs.

Outre le fait qu’il est comédien, quels seraient justement vos dénominateurs communs avec lui ? - Il y en a, ça c’est sûr (rires). Ce qui est assez drôle, c’est que fatalement, quand on a discuté du projet avec Xavier, pendant 10 ans, on n’a pas parlé que de ça. On a parlé de nos vies et on se comparait très vite à Michel, lui comme moi. On a vite fait un trio, une sorte de trinité, et le personnage est arrivé. Il y a beaucoup de moi. Je revendique totalement l’hypocondrie – sinon je serais en plein déni. N’en déplaise à ma compagne, je suis très lié à ma mère. Pour reprendre l’expression d’une de ses amies : « c’est un cordon ombilical comme un pipe-line ». J’ai ce point commun avec Michel de se retrouver entre les deux amours de sa vie, d’être coincé là-dedans et de, parfois, avoir du mal à décoller dans la vie d’adulte.

DEATH-BY-DEATH-je me tue à le dire

La complicité développée au fil des ans avec Xavier Seron, à la fois amicale et professionnelle, facilite-t-elle le travail sur le plateau de tournage ? - Pour être très honnête, on s’est dit avec Xavier, que ça amène à la fois une facilité et un petit inconvénient. En fait, l’inconvénient et la facilité c’est qu’on peut se dire plus facilement les choses. En terme de jeu et de direction, il n’y a plus cette étape un peu longuette où on doit s’apprivoiser. Parfois, on ne dit rien, un geste suffit pour exprimer ce qu’on veut dire ; on sait exactement ce que veut dire l’autre. Ça permet un gain de temps et d’être assez précis dans ce qu’on veut, avec peu de mots. Le défaut, c’est qu’à un moment donné, le réalisateur doit toujours rester dans une relation hiérarchique. Là, à un moment donné, c’est un peu plus brouillon. Mais le côté positif y gagne. Alors qu’il peut y avoir beaucoup de pression sur un plateau, elle disparait directement. On se connait bien et on se pardonne très vite les choses.

Le personnage de Michel, plein de failles et extrêmement humain, vous demande une vraie mise à nu, au sens propre comme au figuré. - J’ai un grand amour pour les anti-héros. J’aime ces personnages remplis de fragilités jusqu’à parfois même être ridicule. Ce que j’aime dans la manière de filmer et de diriger ses personnages de Xavier, c’est qu’il est toujours bienveillant à leur égard. Jamais ce ne sont des « loosers ». Michel n’est jamais ridicule. Xavier en fait ressortir le meilleur. Il est perdu, fragilisé. Si on arrive à le rendre touchant, c’est là qu’on peut atteindre le spectateur qui peut alors s’identifier – mais c’est au spectateur d’en juger. J’adore ce genre de personnages ; incarner des personnages qui ont plus de mal à trouver leur place dans leur vie. Pour revenir au sens propre, la pudeur, sur un plateau, est un des problèmes que je n’ai pas. Je n’ai pas peur de mon physique, même si je suis velu du dos. C’est quelque chose que je ne vois pas quand je joue. Et si Xavier est bienveillant par rapport à ses personnages, il l’est aussi avec ses acteurs. J’ai entièrement confiance en lui. Je sais qu’il ferait attention à ce que cela ne nuise pas à mon image. Il est respectueux et il gagne en retour encore plus de confiance de la part de ses acteurs.

Est-ce que le noir et blanc a une incidence sur votre manière de jouer ? - Il peut parfois être un peu traitre. On en a discuté avec Xavier. Il faut parfois faire plus attention parce que, comme c’est plus contrasté des regards ou un jeu plus soutenus peuvent paraître trop appuyés. Mais de toute façon, on a essayé de rester dans un jeu assez sobre parce que les citations étaient tellement grandes que Xavier m’a dirigé pour ne pas justement surligner les choses.

death-by-death-je me stue à le dire - jean-jacques rausin

La mise en scène est très étudiée et présente de nombreux plans séquences. Est-ce une source de frustration ou au contraire de liberté ? - Il y a beaucoup de plans séquences, c’est un bonheur pour un comédien. Dans certaines scènes, il y avait parfois un petit parcours fléché à suivre de manière très précise, et c’est un challenge supplémentaire. Xavier faisait jouer les scènes avant même que la caméra ne soit posée, donc, sans proposer le cadre, on l’influence. Comme il laisse d’abord les comédiens faire l’action, il va plutôt les suivre. Mais une fois que les choses sont posées, c’est à toi de refaire exactement la même chose.

A quel moment et comment avez-vous enregistré les interventions en voix-over ? - L’enregistrement s’est fait en post-production. Xavier avait vraiment des indications, il savait ce qu’il voulait. Elle était d’autant plus importante que c’est le début du film ; on accroche ou on accroche pas. Il fallait que ce soit le personnage. Il ne fallait pas qu’on ait l’impression que ce soit la voix-off du début du film LE MEPRIS de Godard.

Comment vit-on avec une pieuvre sur la tête ? - Niveau HMC (ndlr Habillage – Maquillage – Coiffure), c’était une sacrée expérience. On me rasait tous les matins, on me collait ma perruque et une prothèse sur le torse. J’ai pu bien apprécier le travail et le temps qui lui est consacré. C’est un super travail.

Le tournage s’est fait en deux périodes. Etait-ce compliqué de se remettre dans la peau du personnage ou est-ce que, au contraire, la première période de tournage a nourri la seconde ? - Ce n’est pas si frustrant que ça. On a juste du me raser une deuxième fois. La coupure nous a permis de faire une espèce de « mi-temps ». On a discuté avec Xavier, comme on a eu les images il savait ce qui allait et ce qui manquait peut-être, et ça a permis de retravailler le personnage tout en restant très cohérent. Ça a été très bénéfique.

Si vous croisez de nombreux visages familiers, votre partenaire principale est Myriam Boyer. - C’est une grande dame. Quand tu rencontre une grande dame, tu es juste super heureux d’être là. C’est une actrice très bienveillante par rapport à ses collègues. Elle te donne de quoi jouer, de la force, sans compter. Elle est très attachante. Il y avait des scène trash et elle ne voulait pas être ménagée. Quand ton collègue de jeu te dit d’y aller à fond, c’est génial.

Jean-Jacques Rausin

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