Interview : Emilie Dequenne

On 23/11/2016 by Nicolas Gilson

Dans MAMAN A TORT, Emilie Dequenne campe le personnage de Cyrielle, une mère célibataire qui, sans avoir fait d’études, a gravi les échelons d’une boîte d’assurances jusqu’à obtenir un poste de cadre. Retrouvant Marc Fitoussi qui l’avait dirigée dans LA VIE D’ARTISTE elle se plie merveilleusement au style du cinéaste qu’elle définit comme « désuet chic ». Rencontre.

Emilie dequenne Maman a tort

Comment êtes-vous arrivée sur le projet ? - J’ai tourné dans le premier film de Marc (Fitoussi), LA VIE D’ARTISTE. Il m’a simplement appelé pour me parler de son projet et il m’a envoyé le scénario. C’est aussi bête que ça. On a pu découvrir cette histoire ensemble en en parlant.

Qu’est-ce qui vous plaisait dans le scénario ? - Beaucoup de choses. La façon dont Marc a décrit cette adolescente, dans l’intimité avec sa mère, résonnait forcément beaucoup pour moi parce que ma fille a le même âge. J’avais l’impression que Marc avait planqué des micros chez moi. Je trouvais que le personnage d’Anouk était hyper juste, jusque dans les détails. C’est la réalité d’une adolescente de 14 ans – en dehors de son stage en entreprise évidemment. Je trouvais également très juste la manière dont il a décrit cette compagnie d’assurance qui est une sorte de reflet de la société en général. Voir cela à travers les yeux d’une adolescente offrait une légèreté à cette histoire qui est au final difficile. C’est un vrai drame social.

La tonalité du film est singulière. - Marc a sa façon d’écrire et de raconter. Il écrit extrêmement bien les dialogues. C’est très pointu. Il a un côté « désuet chic » qui n’appartient qu’à lui, même dans la construction des personnages. Je ne vois ça que chez lui. Il travaille dans la dentelle. À partir du moment où on fait confiance au metteur en scène avec qui on travaille, on ne se pose pas énormément de questions. On me propose d’habitude des rôles de femmes très volontaires, très fortes et très tourmentées, et l’idée était d’aborder enfin un personnage assez nouveau : quelqu’un d’assez effacé, qui subit beaucoup, qui veut être une mère qui assure mais qui, en même temps, n’est pas très heureuse dans son boulot.

Maman a tort - Jeanne JEstin et Emilie dequenne

Le caractère effacé du personnage se retrouve d’ailleurs dans les couleurs de costumes. - C’est sûr que les couleurs que porte Cyrielle ne sont pas très joyeuses, mais elles restent très douces. Marc disait que ce n’était pas un personnage évident à proposer à une actrice parce qu’il n’est pas très glamour. Je ne suis pas du même avis. Inscrite dans cette histoire qui n’est pas très amusante, Cyrielle est une belle femme de 35 ans qui fait ce qu’elle peut. Je me trouve assez belle dans le film. Marc voulait absolument que Cyrielle fasse attention à elle en terme de coiffure – elle se raidit les cheveux. J’ai même une manucure en gel ce que je n’ai jamais eu dans aucun film… Il y avait une vraie construction qui était amusante. Je ne porte jamais de jupe crayon ni de chemise rentrée impeccablement. Si ce qui se passe au sein de cette compagnie n’est pas évident, Cyrielle est toujours consciencieuse et doit être tirée à quatre épingles. C’était important pour le personnage.

Comment avez-vous préparé votre personnage ? - Ma préparation n’est pas très descriptive dans la mesure où elle se passe dans ma tête. Souvent ce sont des mécanismes relativement inconscients. Avoir ce rythme similaire, ces horaires de bureau, m’a beaucoup aidé. Cela me ramenait aux horaires de Cyrielle. J’ai beaucoup travaillé sur le texte parce que je le trouvais important. J’étais vraiment aidée par le contexte dans lequel cela s’inscrit, par les costumes et par la coiffure. De nombreux éléments ont fait que je n’ai pas du trop me creuser pour préparer Cyrielle. (…) Un personnage n’est pas l’autre, mais on reste la même personne physiquement. A partir du moment où on laisse venir le personnage à soi les chose se font assez naturellement.

Maman a tort Marc Fitoussi

Que vous a apporté le personnage de Cyrielle ? - Je m’identifie beaucoup plus au personnage d’Anouk. À 35 ans je reste encore hyper idéaliste et je ne pense pas qu’il soit naïf de penser qu’on a le droit de se révolter contre les injustices. Cyrielle m’a donné encore plus envie de rester bien éveillée et de ne pas me laisser faire. (…) Anouk est centrale tout au long du film, on épouse proprement son regard. Elle tient le film du début à la fin. Elle est presque de tous les plans. J’avais remarqué pendant le tournage que Marc prenait vraiment son point de vue à elle et c’est ce qui me plait au final dans ce film. On est avec elle tout le temps ; tout est vécu à travers ses yeux et avec elle. C’est vraiment réussi.

Le monde de l’entreprise était-il une inconnue pour vous ? - J’ai grandi dans une entreprise. Mon grand-père a créé une entreprise de menuiserie que mon père a reprise. C’est une vraie entreprise familiale. Gamine, comme l’entreprise était rattachée à la maison de mes grands-parents, j’y était tout le temps. J’ai le souvenir d’une entente plutôt cordiale. C’est le cas encore aujourd’hui, l’ambiance est plus fun. Ce ne sont pas des employés bureaux. Les grandes compagnies comme celle du film, c’était relativement l’inconnu pour moi. Je ne peux toutefois pas dire que j’y ai gouté puisque ça reste un décor et du cinéma. On était entre comédiens et figurants ; l’ambiance était agréable. En plus de ça le travail de décoration était vraiment intéressant, notamment l’emploi des couleurs. Je m’y plaisais beaucoup. J’avoue que comme Jeanne avait un rythme de travail très encadré, on a tourné à Paris avec des horaires aménagé pour elle. On avait des journées de travail normales de huit/neuf heures, entre le moment où l’on part de chez soi et celui où on rentre, donc j’ai en quelque sorte goûté à al vie métro-boulot-dodo. J’ai beaucoup aimé ça. C’est très agréable de pouvoir faire le métier qu’on aime, de pouvoir partir de chez soi le matin et de rentrer le soir ; de profiter de ses enfants et de son mari. Je pourrais tourner toute l’année si les horaires étaient comme ça.

Maman a tort

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