Interview : Dominik Moll (Seules les bêtes)

On 04/12/2019 by Nicolas Gilson

En 2000, Dominik Moll impressionnait la Croisette avec HARRY, UN AMI QUI VEUT VEUT DU BIEN. Passant d’une veine hitchcockienne au fantastique avec LEMMING ou encore LE MOINE, le cinéaste se renouvelle à chaque production tout en témoignant d’un style singulier, fort d’un ancrage réaliste et de notes fantaisistes ou étranges. Signant avec son complice Gilles Marchant l’adaptation du roman homonyme de Colin Niel, il établit au gré de SEULES LES BETES, son sixième long-métrage, un jeu passionnant avec le spectateur. Le cinéaste tisse un thriller autour de la mystérieuse disparition d’une femme dont on retrouve la voiture sur une route de montage en esquissant le portrait des personnes qui s’avèrent y être liées. A mesure qu’il met en scène ses personnages, Domonik Moll lève le voile sur leurs secrets et attise notre attention…

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Qu’est-ce qui a motivé cette adaptation ?

J’ai lu le roman de Colin Niel sur la recommandation d’une amie. Le roman est, comme le film, structuré en plusieurs chapitres, mais tout est raconté à la première personne selon le point de vue du personnage – avec beaucoup de monologues intérieurs. Il y avait un réel défi de transposition. Je l’ai fait lire à mon complice Gilles Marchant et on a décidé de s’associer avec la société de production Haut et Court qui avait acquis les droits et de se lancer dans l’aventure. (…) Quand on choisit une adaptation en tant que réalisateur c’est aussi parce qu’on s’y retrouve ou que l’on y voit quelque chose que l’on peut s’approprier. C’était effectivement le cas ici, ne serait-ce que par cette ambiance de film noir ou de suspens, et surtout le fait que tous les personnages ont des secrets ou cachent des éléments aux autres. J’aime beaucoup gratter pour voir ce qu’il y a sous une surface à l’apparence banale et je retrouvais cela dans ce projet.

Au vu de la construction du récit, est-ce que vous pensiez au spectateur spectateur au fil du processus d’écriture ?

Dans l’idéal on a toujours une pensée pour le spectateur, mais c’est vrai que comme il y a une aspect ludique, un jeu avec le spectateur, en dévoilant des choses par couches successives, nous nous sommes posé la question de comment mener les choses pour que l’intérêt du spectateur soit relancé à chaque changement de chapitre. C’était un défi à relever car il peut être déconcertant de s’identifier à un personnage et tout à coup de basculer sur un autre. Il y avait aussi la question de ce que l’on dévoile, à quel point. En tant que disciple de Hitchcock qui était adepte que le spectateur en sache le plus possible, je me suis demandé si on ne cachait pas trop de choses. Sans que cela n’aboutisse sur un grand coup de théâtre final, j’aime beaucoup que cela se fasse de manière très successive en rendant le spectateur très actif : il se pose tout le temps des questions et il participe vraiment au film.

Est-ce que le montage a été une prolongation de l’écriture ?

Le montage est vraiment une prolongation de l’écriture, mais pas une réécriture. La structure était déjà très précise à l’intérieur du scénario, y compris le prologue qui n’est pas dans le roman. J’y tenais pour dire au spectateur que ce récit va aussi nous mener ailleurs, et ce même si les spectateurs l’oublient ensuite. Il me semblait important que ça résonne sur le début du film. Après il s’agit de trouver le bon rythme et d’ajuster des choses. (…) On savait que certaines scènes allaient revenir, qu’on allait revoir des scènes d’un chapitre à l’autre dans un autre point de vue. Il fallait que l’on filme ça différemment. Je ne travaille pas à deux cameras, donc on filmait les scènes dans le point de vue d’un personnage puis on retournait une deuxième fois dans le point de vue de l’autre.

Lorsque le film a ouvert la section Venice Days à la Mostra de Venise, de nombreux festivaliers l’on qualifié de « must see » en évoquant un Cluedo assez réjouissant.

C’est vrai qu’il y a des éléments de Cluedo, mais cela pourrait suggérer que c’est une super mécanique bien huilée et qu’on oublie le fait qu’il y a aussi des personnages auxquels on s’attache, des thématiques comme la misère affectives ou économique. Ce serait dommage de ne retenir le film que comme une belle mécanique. Il y aussi du contenu au-delà de la forme. (…) Sans renoncer à ce qui me plait dans le cinéma, il m’importe de plus en plus que mes films soient ancrés dans le réel. Juste avant SEULES LES BETES j’ai fait une série pour Arte, EDEN, qui avait pour sujet les réfugiés et cela m’a beaucoup plu de me confronter à un sujet d’actualité, à des personnages aussi qui sont éloignés de ce que je suis moi. Si je trouvais peut-être avant dans mes personnages un alter-ego, dans EDEN et dans SEULE SLES BETES, même si je me projette dans chacun des personnages, ils sont plus éloignés de ce que je suis moi par leur environnement et par leur vie. C’était stimulant et j’y vois une ouverture que je trouve importante.

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