Interview : Chantal Ladesou

On 10/08/2016 by Nicolas Gilson

À l’affiche de C’EST QUOI CETTE FAMILLE ?!, Chantal Ladesou y interprète le rôle d’une grand-mère peu conventionnelle un peu tête en l’air qui a décidé de vivre pour elle et de profiter de la vie. C’est en allant la voir au théâtre dans « Nelson » que le réalisateur, Gabriel Julien-Laferrière, a eu la révélation de confier à la comédienne l’interprétation de ce personnage. Peu présente au cinéma voire carrément absente, Chantal Ladesou donne aujourd’hui la réplique à Julie Gayet et Julie Depardieu, et surtout à une bande de gamins instinctifs, bons et naturels. Rencontre.

Comment définiriez-vous le personnage de Mamy Aurore ? - C’est un personnage extravagant comme ceux qu’on me propose toujours ; un personnage généreux, tendre et, finalement, pas si désagréable que ça mais qui veut vivre sa vie pleinement. Elle ne veut pas surtout prendre partie dans les problèmes de couple de ses filles. La philosophie de mon personnage est de laisser ses filles se « démerder » avec leurs choix. (…) Ce personnage n’est pas vraiment dans la famille tout en étant dans la famille. Il est au-dessus de tout le monde, il se ballade.

Qu’est-ce qui vous plaisait dans ce personnage, et au-delà dans le scénario ? - C’est un personnage drôle qui arrive un peu comme un cheveux sur la soupe. Il y a tous ces couples et ces sept enfants qui sont le personnage principal du film. Les adultes sont un peu les « guests » et mon personnage est une espèce de trublion qui arrive dans une famille où les adultes sont un peu les ados. C’est une leçon que les enfants donnent aux adultes.

c'est quoi cette famille - Julie Depardieu - Julie Gayet - Chantal Ladesou

Le film part d’un postulat dramatique – un divorce ou une séparation, ce n’est pas drôle – et ça part en comédie. C’est positif car ça donne plein d’espoir aux couples en disant qu’il est important de parler, de se réunir et de faire attention aux enfants qui sont fragiles. Dans une famille recomposée, tout n’est pas forcément tout rose. En voyant ça de l’extérieur, c’est très gai : une grande tablée avec beaucoup d’enfants qui vont et viennent… Mais quand on fouille un peu, il y a quand même plein de problèmes. Ce qui est bien ici, c’est que les enfants vont, plus ou moins, régler les problèmes des parents.

Mamy Aurore est aussi un personnage libre sexuellement qui revendique son indépendance. - C’est ma vie : je vis pour moi, j’ai encore le droit d’aimer un homme et je n’ai pas à être jugée par mes enfants. C’est un espoir aussi pour le troisième âge ! Souvent, les personnes plus âgées ferment un peu la porte et s’interdisent des choses. Là, elle a décidé de ne rien s’interdire. Ça peut donner de l’espoir.

Vous évoquez un personnage « extravagant comme ceux qu’on vous propose toujours ». Est-ce qu’on vous propose systématiquement le même type de rôle ? - J’en fais un peu mon fond de commerce. Ce qui ne me déplait pas. Ce sont des rôles à tiroirs et j’aime les ouvrir.

Vous avez été plutôt absente au cinéma. - Oui, carrément absente. Il faut décider un jour vouloir faire du cinéma. La scène était ce qui me plaisait le plus, je me suis beaucoup occupée du théâtre et, quand vous faites du théâtre, les réalisateurs se disent que vous n’êtes pas libre pour le cinéma, comme on me propose des rôles de plus en plus importants, j’ai l’impression de débuter, et j’arrive avec mon background.

Est-ce que vous avez des envies de cinéma plus pointu, « d’auteur » ? - Oui. Pourquoi pas. Mais il faudrait peut-être que je m’écrive un film. Lorsque les humoristes jouent, c’est qu’ils se sont écrit un rôle sur mesure. C’est difficile, il faut se servir soi-même.

Le système français semble user d’étiquettes. Ce n’est pas trop contraignant ? - Là, je tourne avec Claude Lelouch et il y a tout un univers de gens différents qui viennent du music-hall, des chanteurs, des gens populaires au théâtre, des gens plus intellectuels qui font des choses plus intimistes… C’est un grand brassage de gens, et c’est ça le métier. En France, on met trop d’étiquettes alors que je ne demanderais pas mieux de faire tout un tas de choses. Et quand on est populaire avec un grand « P », à ce moment-là on se dit : « danger ». Il y a un certain snobisme. C’est difficile. J’aimerais bien faire plein de ponts, et on nous cantonne – mais en même temps, j’adore faire rire.

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Qu’est-ce qui vous intéresse ou vous fatigue dans le cinéma français ? - J’aime la comédie avec du fond, qui raconte une histoire, mais j’irai plutôt vers un film dramatique, ou romantique, comme les films de Buñuel, LES FRAISES SAUVAGES (Ingmar Bergman) ou un bon film romantique comme LES UNS ET LES AUTRES (Claude Lelouch), et tout Almadovar. J’ai été nourrie aux seins de Laurel et Hardy, Buster Keaton. Je regardais ça petite en boucle, à la télévision sous une couverture, c’était beau, triste et drôle….

Qu’est-ce qui vous a donné le goût du jeu qui ne vous a jamais quitté ? - J’ai toujours eu envie de faire ça, de jouer. Je ne me voyais pas faire autre chose. Quand j’étais petite fille, je faisais des pièces de théâtre pendant la récréation. Je faisais mon metteur en scène, et faisais jouer mes camarades. Je voulais faire mon intéressante aussi, je voulais qu’on me regarde. Et pourtant, je n’ai pas manqué d’affection. Ma mère disait tout le temps qu’elle aurait voulu être comédienne. Elle nous emmenait souvent au cinéma et au théâtre. Elle disait : « si je n’avais pas eu la guerre j’aurai été comédienne ». Elle a surement dû m’influencer. J’avais cette passion d’y aller ; j’avais envie de ça. Ça ne m’a jamais lâché – même si je l’ai perdue très jeune et que mon père n’était pas tellement d’accord. J’ai forcé le barrage et je suis allée à Paris. Je n’avais que ça en tête. Je faisais du théâtre pour enfants, je gagnais ma vie tant bien que mal, mais j’adorais ça. Je me demandais comment les gens pouvaient vivre sans jouer la comédie ou sans aller aux cours de théâtre. C’était vital, et ça reste vital.

Vous semblez « hors-système », vous n’avez rien d’une « parisienne ». - Non, d’abord parce que je ne suis pas parisienne. Je suis venue de province et j’aime bien ce qui est authentique. Je suis ravie de tout ce qui m’arrive. Il ne faut jamais se la péter ni se prendre au sérieux. C’est un vrai métier artisanal. Les paillettes, tout ça, ça ne sert à rien.

Lors de vos apparitions à la télévision, Chantal Ladesou semble être un personnage. - Ce personnage, il y a moi à l’intérieur. J’ai très longtemps été timide. Je me suis soignée au théâtre, mais la télévision m’a toujours fait peur. Cette espèce d’audace que j’ai vient de là. Quand je suis à la télé, je ne dois pas avoir peur. Chaque émission est une reconquête. La télévision, c’est comme un one-man-show : ou c’est elle qui vous mange ou c’est vous qui la mangez. Il faut arriver en conquérant.

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