Entrevue : Baby Balloon

On 20/11/2013 by Nicolas Gilson

Dans BABY BALLOON, Stefan Liberski dirige Ambre Grouwels dans le rôle complexe d’une jeune fille mal dans sa peau. Rencontre lors du 28 ème FIFF de NAmur où le film était programmé aux Regards du Présent.

Capture d’écran 2013-11-20 à 02.36.58

Quelle a été la genèse du projet ? A quel moment vous êtes-vous rencontrés ?

Stefan Liberski – On était deux (avec Dominique Laroche, co-scénariste) lorsque nous nous sommes rencontrés. J’ai d’abord travaillé sur le scénario, et puis j’ai pris le relai au début du tournage sur la mise en scène. J’avais vu Ambre lors des castings et elle m’avait tapé dans l’oeil. Ça a été un grand bonheur non seulement de la rencontrer mais de créer cette histoire qui est venue, en grande partie, au moment du tournage parce qu’il se fait qu’on a commencé à écrire des chansons ensemble.

Qui a composé les chansons du film ?

Ambre Grouwels – Il y a une chanson que l’on a composé à quatre avec les membres du groupe, quand on s’est rencontrés. Ensuite, il y a une chanson qui a été composée pour le film et que j’ai juste interprétée. Et puis il y en a deux qu’on a fait ensemble (avec Stefan Liberski), lui à la musique et moi aux paroles et à l’interprétation. Il y en a aussi une dont j’ai écrit les paroles et qui est un acapella dans le film.
SL – Il y a un moment où je me suis dit qu’il fallait aussi entendre Ambre seule, acapella. On a parlé d’un thème. Il a suffit qu’on lui donne un point de départ.

Comme le personnage de Bici dans le film, vous écrivez vite ?

AG – Oui. En dix minutes j’ai eu l’idée « baleine » et j’ai écrit une chanson qui parlait d’une baleine. J’ai vraiment écrit le texte et c’est cette chanson qu’on a mise acapella. Après Stefan me donnait des mélodies, des mots ou des infos sur ce qui pourrait être intéressant dans une chanson et moi, de là, j’écrivais des textes. Quand il m’a dit le titre du film, il m’a dit qu’il aimerait écrire une chanson pour le générique. Il m’a dit « BABY BALLOON » et j’ai écrit une chanson. En fonction de la mélodie, je rabote un peu des mots ou j’en change et on arrive assez rapidement à créer de chouettes petites chansons.

baby_balloon_obrother_03

Les membres du groupe dans le film sont également musiciens. Ont-ils été facile à caster ?

SL – Pas si facile, je crois, mais je ne me suis pas occupé de ce casting-là. C’était difficile pour moi parce qu’ils étaient des amateurs. Ils n’avaient jamais jouer donc c’était plus compliqué mais au moins ils jouaient de la musique.

Comment avez-vous mis en place la dynamique de groupe ?

AG – On s’entend « bien » en vrai aussi. On avait travaillé ensemble en studio avant le tournage pour travailler l’une des chansons qu’on a composé ensemble – j’étais aux paroles, ils ont fait plus la musique. On a eu l’occasion de se connaître en tant que musiciens puis, à côté, en tant que personnes. Et on s’entend plutôt bien tous les quatre. Pour les scènes de concert, on s’amusait vraiment ensemble. Souvent on est sortis après le tournage, on allait boire des verres durant les pauses. Donc ce n’était pas difficile de jouer le fait qu’on s’aimait bien.

La scène d’ouverture du film nous fond directement au point de vue de Bici, interprétée par Ambre. Comment avez-vous construit cette scène qui, sur base d’un baiser, nous confronte à son fantasme et à ses désillusions ?

SL – C’est une scène qui contient toute la suite. Elle est depuis le début au scénario. Pas exactement comme cela.
AG – La première chose que j’ai lue dans le scénario, quand je l’a reçu, c’était ça. Cette scène où Bici est habillée en lapin et où elle embrasse Vince qui est lui aussi habillé en lapin. On rentre directement dans le vif du sujet.
SL – C’est à dire que, dans le feu de l’action, il y a une moment de rapprochement suivi d’une séparation et le film est contenu dans cette scène-là.

A l’instar de ce costume, les tenues et le maquillage sont des éléments important pour Bici.

AG – Oui, je pense qu’elle s’exprime dans cette folie avec ses maquillages déjantés, ses vêtements pas assortis et sa coiffure sauvage. Elle s’exprime à travers ça comme à travers la musique et ça l’aide à s’échapper, parce qu’elle a un quotidien qui n’est pas très chouette. Avec sa mère un peu folle, la certitude qu’il n’y aura jamais rien avec Vince. C’est un moyen d’échapper à la réalité en se créant son propre univers.

Est-ce que cela vous a aidé à construire le personnage ?

AG – Oui, parce que je ne m’habille pas comme ça. J’aime bien assortir les choses, j’ai plein d’accessoires qui vont « tip top » avec ce que je mets, et là c’était complètement le contraire. Je ne me maquille pas du tout alors quand on m’a dit qu’on allait me maquiller comme une drag-queen, je me suis dit : « allons-y ».

baby_balloon_obrother_02

Est-ce que c’est facile d’appréhender un personnage qui est dans un certain malêtre dû à son image ? Comment est-ce que l’on fait la part des choses ?

AG – C’est difficile, parce que, j’avoue, étant ronde, j’ai eu des soucis avec moi-même. « Pourquoi je ne suis pas comme les autres ? », etc. Après, ça, c’est parti : je suis très bien comme je suis. Mais j’ai dû aller rechercher les trucs de quand j’étais plus jeune et où on se foutait de moi. Ça m’a aidé à appréhender le personnage qui est quand même mal dans sa peau. J’ai pris de mon expérience et j’ai imaginé ce que ça devait être. Le texte était bien écrit, l’histoire était claire, donc je n’ai pas eu trop de mal à m’imaginer ce que devait être sa vie.

Alors que Bici est très proche des garçons du groupe, elle n’est jamais que la bonne copine.

SL – C’est souvent un peu ça le destin des filles comme ça. C’est un peu conditionné par les images. C’est aussi un film là-dessus. Sur le conditionnement et sur comment en sortir.

Bici vit avec sa mère et sa grand-mère dans une maisonnée où aucun dialogue ne semble possible.

SL – D’où l’enfermement, le besoin de sortir, de la musique, des fringues, de parler, de dire, d’être aussi grosse. C’est aussi une façon de parler.

Il y a une séquence très forte au sein de laquelle Bici se gave littéralement.

AG – C’était dur.
SL – Quand elle boit aussi : ce n’est pas manger pour le plaisir, c’est pour se tuer.

La ville est un décor important.

SL – Je crois que ce n’est pas un hasard non plus si ça se passe à Liège, dans un quartier assez dévasté. On se disait que « Liverpool c’est fini : c’est vraiment à Sclessin que ça se passe ». Ce genre de bataille, de violence social, c’est Liège. Ambre et moi, on est bruxellois.
AG – C’est un autre monde.
SL – Oui, c’est à la fois une découverte et une envie pour moi de le filmer.

baby_balloon_obrother_04

Vous donnez à la ville un caractère très poétique, notamment lorsque vous filmez les bords de Meuse.

SL – Mon point de vue, c’est de parler des choses avec une certaine légèreté. Et je trouve que même là il y a une beauté. Quand on est sur le pont de Sclessin, il y a le Standard d’un côté et Cockerill, pratiquement abandonné, de l’autre. Il y a quelque chose qu’il est très difficile de ne pas ressentir mais en même temps il y a une certaine beauté. L’idée du film n’était pas de faire un film social « triste ».

Il y a justement des incursions tant vers l’onirisme que vers la comédie.

SL – Oui, c’est plutôt une comédie.

Comment on joue ça, passer d’un registre à l’autre ?

AG – Faut pas trop appréhender. Je lisais les textes et sur le plateau je faisais ce que je pensais. Si c’était bien, c’était bien. Sinon Stefan me remettait sur le droit chemin. C’est du ressenti. On le sent quand il s’agit de quelque chose de plus drôle. Il faut trouver le juste milieu.
SL – Je mettais vraiment au point les dialogues la veille. C’est une manière que j’ai de faire les choses. Je bénéficie de l’ambiance qu’il y a sur le plateau, entre les acteurs ; l’atmosphère de la ville. Et tout cela joue.

Que ce soit dans BUNKER PARADISE ou encore ici dans la scène d’ouverture ou dans une séquence où Bici se révèle « diabolique », vous témoignez d’une grande acuité à filmer les scènes de soirée et d’ambiance.

SL – C’est plutôt intuitif. Il faut d’abord tout mettre en place, voir où on va le faire. Ça se construit avec tout le monde ; avec la décoration, l’image. Là, pour le coup, on tournait en pleine journée et il faisait très très chaud ce jour-là. Ça a ajouté le fait qu’on ait tout occulté, qu’on ait mis de la fumée. L’éclairage, le décor et le fait d’être en nage dans cette musique-là nous induisaient à la jouer « juste ».
AG – Il y avait tellement de gens. J’étais maquillée comme un camion volé. J’avais le maquillage qui coulait.
SL – Tout cela crée quelque chose que st difficile à recréer. On ne peut pas dire que c’était de l’improvisation complète. Dans ces moments-là, il faut faire confiance à ce qui se passe, à son instinct. Et c’est ce qu’on a fait.

_EZ_9608

baby_balloon_affiche

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>