Interview : Ariane Ascaride (La Villa)

On 27/11/2017 by Nicolas Gilson

C’est dans une villa située sur le Lido de Venise que nous rencontrons Ariane Ascaride qui y est venue présenter LA VILLA de Robert Guédiguian. Tandis que nous faisons face à la mer, le cadre singulièrement hors du temps de la Mostra offre une résonance particulière à cette entrevue lors de laquelle la comédienne évoque le personnage d’Angèle mais aussi les enjeux d’un film résolument engagé, poétique et amoureux.

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Comment présenteriez-vous Angèle ? - Dans Angèle, il y a ange. Elle est comédienne et arrive dans un âge où il devient un peu plus compliqué d’avoir des rôles. C’est une femme qui est marquée par un grand malheur – par la perte d’un enfant – et qui revient à contre-coeur dans un lieu où elle n’a pas du tout envie d’être. Elle va retrouver sa famille et particulièrement ses frères.

Etait-ce particulier de jouer une actrice ? - Il y a toujours des petites résonances par rapport à qui vous êtes et ce que vous faites, mais je n’ai pas voulu appuyer sur ça plus qu’il n’était nécessaire.

Il y a néanmoins un jeu de miroir : on vous retrouve notamment sur plusieurs affiches de spectacle qui attestent de la carrière d’Angèle comme lors d’un flash-back lumineux. - C’était amusant. En voyant le film, je me suis demandée comment quelqu’un qui ne me connait pas du tout peut voir ça et quelles sont les questions qu’il peut se poser. D’un coup je suis « éternisée » sur une pellicule en tant qu’actrice jouant une actrice… ça me donne peut-être la possibilité de dire qu’une actrice est aussi une femme qui a une vie, des doutes et des malheurs, et qui de temps en temps les mets de coté pour monter sur un plateau et raconter une histoire à d’autres. Mais elle-même a une histoire.

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Le film questionne l’idée de vivre d’autres vies, mais aussi celle de fuir la sienne. - Mais, c’est faux. On ne fuit pas sa vie du tout : souvent on s’en sert. Il y a aujourd’hui tellement de jeunes gens qui veulent être acteurs et actrices, ce que je comprends très bien, mais il ne faut pas se tromper sur ce métier. Ce n’est pas obligatoirement avoir sa photo dans les magazines et être reconnu dans la rue. Ce métier, c’est du travail, beaucoup de travail, du courage et de la solitude. Il faut simplement savoir pourquoi on veut faire ça. C’est une question importante : que veut-on dire ; que veut-on raconter ? On a une responsabilité.

Plusieurs histoires se nourrissent ici les unes les autres. L’histoire d’Angèle participe à celle plus vaste qui questionne le devenir d’abord d’un microcosme – la vie de cette calanque – et ensuite du monde. - Oui, le film questionne ce vers quoi on va et comment on y va. Quelles sont les décisions qu’on va prendre ? Comment allons-nous essayer de ne pas oublier ce que les autres ont fait avant et ce qu’ils nous ont raconté. Et qu’allons-nous raconter à ceux qui viennent après nous ? On a de plus en plus envie aujourd’hui que tout le monde ait la même manière de fonctionner, mais chacun a sa culture. On a d’abord une culturelle familiale, puis d’un pays, puis d’un continent. Il faut chérir toutes ces cultures-là. Il faut y faire attention.

Ce qui serait important, c’est la différence et la rencontre de ces différences. - La rencontre des différences fait qu’on s’enrichit les uns les autres. Nous ne devons pas gommer nos différences ; nous devons en être fiers et nous devons les échanger. Cela donnera de l’enrichissement à tout le monde. Et on se rendra compte, à travers nos différences, que nous avons des choses en communs : ce qui est formidable et réconfortant.

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Le cinéma de Robert Guédidian est à la fois très engagé et sincère. Cet engagement nourrit ici le dialogue entre les personnages qui dressent le constat qu’ils ont voulu changer le monde et que cela n’a pas été possible. Est-ce que cela traduit vos propres impressions ? - On a un peu raté notre coup ou peut-être que les autres ont été plus forts que nous. Mais ça ne veut pas dire que l’on perd ce à quoi on croit. Il ne faut d’ailleurs jamais le perdre et toujours se rappeler l’enfant qu’on était et ce à quoi on rêvait. Il faut se demander comment on aurait réagit. L’enfance nous aide à ne pas se tromper de chemin et à ne pas avoir ces complexes de vie quand on pense qu’on ne réagit pas comme on devrait le faire. On a tendance à nous uniformiser dans nos comportements, et il ne faut pas avoir peur de dire qu’on ne comprend pas – comme je ne comprends pas qu’on laisse se noyer des gens dans la mer. Ce n’est pas un jugement moral, je ne comprends tout simplement pas. Et je en comprends pas que l’on se dise que ces gens vont nous envahir, sont des terroristes ou des voleurs. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes, mais quitter son pays et sa famille est une chose difficile. Et il n’y a pas si longtemps que ça, beaucoup de gens de notre continent étaient sur des routes et avaient tout lâcher. On devrait avoir la mémoire de ça et être assez bienveillants.

Une des petites magies du film se situe dans la réaction communes d’Angèle et de ses frères face aux migrants. Qu’importent leurs différents et leurs différences, leur venir en aide apparaît comme une évidence. - Ce que j’aime vraiment, c’est que la question ne se pose pas parce qu’ils ont été élevés dans certaines valeurs. Il ont grandi avec un père dans une calanque qui avait une certaine manière de fonctionner. On se fout tout le temps sur la gueule entre frère et soeur, mais il y a des trucs comme ça où c’est « évident » parce qu’on a pensé le monde comme ça ; parce que, enfants, les choses nous ont été offertes comme ça.

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