Critique : Inside Out (Vice-Versa)

On 23/06/2015 by Nicolas Gilson

Après avoir fantasmé les sentiments des jouets, des monstres imaginaires ou encore des robots, les Studios Pixar nous convient à la découverte de ce qui se passe dans la tête des gens. Superbement orchestré et intelligent, drôlissime et émouvant, INSIDE OUT (Vice-versa) est un formidable voyage au coeur de l’imaginaire. Magique.

Lorsque Riley déménage du Midwest à San Francisco, malgré les soucis d’organisation et le changement radical qui se dessine, elle demeure joyeuse. C’est que la Joie, justement, domine ses pensées… Jusqu’à ce que la Tristesse teinte ses souvenirs de quelque amertume. Dans l’esprit de Riley, les émotions cogitent, perturbées par la situation à laquelle elles doivent faire face. Si la Joie tente de maintenir le contrôle, sa bienveillance est mise à mal par ses condisciples et les souvenirs ancrés de Riley, qui définissent sa personnalités, en sont affectés. Tentant de corriger le tir, la Joie se retrouve aspirée avec la Tristesse dans la bibliothèque des souvenirs de la jeune enfant, laissant les commandes à la Peur, la Colère et au Dégoût…

INSIDE OUT

Malgré son caractère touffu et farfelu, l’intrigue de INSIDE-OUT est implacable et se tisse admirablement. Complices d’entrée de jeu de la Joie, nous découvrons la réalité qui régit le Quartier Général – l’intérieur de la tête de Riley – à travers son discours et son constant empressement. L’importance des souvenirs et leur rôle dans la constitution de la personnalité des individus s’inscrivent avec vitalité. Aussi, alors que les émotions doivent permettent à Riley de s’adapter à sa nouvelle vie, elles trouvent dans l’évocation un baume nécessaire… jusqu’à ce que la Tristesse ne la contamine. En effet, emprunte de mélancolie, la Tristesse étreint le souvenir et, malgré elle, en change le sens en lui donnant sa propre couleur.

Prise de stupeur, la Joie ne se laisse pas abattre. Elle, qui ne voit pas le rôle que peut avoir la Tristesse, tente de l’éloigner du poste de contrôle et des souvenirs de Riley. Mais la lecture des manuels de fonctionnement du monde fantasmatique qui est le leur ne l’empêche guère d’être attirée vers la chaleur des billes de souvenirs jusqu’à provoquer leur potentielle perte… Joie et Tristesse sont alors propulsées au coeur de l’univers qu’elles doivent sauver de l’effondrement. Tandis qu’elles tentent de sauver le monde intérieur de Riley, les autres émotions font face, tant bien que mal, aux bouleversements extérieurs. Un parcours croisé, foncièrement initiatique et truffé d’humour !

S’ouvrant avec légèreté, le film se meut en thriller captivant tout en demeurant une savoureuse comédie. Nous basculons proprement au fil de la magie de l’imaginaire au coeur d’un univers improbable dont la logique est une subjuguante satire de nos sociétés normées et codées, régies par les lois du pragmatisme… et la paresse de certains. Le voyage entrepris par Joie et Tristesse est truffé de rencontres : de l’ami imaginaire de Riley aux sujets de ses rêves ou de ses cauchemars – avec un passage inénarrable par les studios de « Dream Productions ».

Inside Out - mémoire à long terme

Et si les émotions apprennent elles-mêmes a en avoir, l’intelligence du scénario est de nous emporter au-delà de l’esprit de Riley dans celui de sa mère (dominé par la Tristesse – nuancée) et de son père (dominé par la Colère – moins dégrossie). Une double incursion qui dessine la richesse de la personnalité de Riley dont les émotions, contrairement à celles de ses parents, non sont pas mono-genrées. A croire que les créateurs ont vent de l’évolution de la société et se moquent avec délice des archétypes qui s’y imposent comme dominants.

Le sarcasme et l’ironie ne cessent d’ailleurs de ponctuer le film à l’instar des incursions publicitaires qui polluent l’esprit de Riley – une savoureuse manière d’asseoir une critique de la perfidie des annonces commerciales.

Jouissant d’un rythme ensorcelant, INSIDE OUT est magistralement mis en scène au gré d’une animation diablement menée aux couleurs enchanteresses. Au-delà les réalisateurs appliquent un travail sur la matière-même lors d’une séquence éblouissante où les aventurières (!) Joie et Tristesse sont soumises aux lois de l’abstraction qui en redessine les contours, de la 3D à la 2D jusqu’à une projection unidimensionnelle étourdissante – et parallèlement angoissante.

Au fil du parcours de l’ensemble des protagonistes – car tous évoluent –, s’inscrit la réalité de la complexité des émotions et de leur nécessaire contamination. N’est-ce pas in fine ce qui donne au film sa véritable personnalité ?

Vice-Versa-affiche

INSIDE OUT
Vice-Versa
♥♥♥(♥)
Réalisation : Pete Docter & Ronaldo Del Carmen
USA – 2015 – 94 min
Distribution : Disney
Animation

Cannes 2015 – Sélection Officielle Hors-compétition

inside-out-fear-joy-disgust

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