Critique : Infinitely Polar Bear

On 07/07/2015 by Nicolas Gilson

Flamboyant premier long-métrage que INFINITELY POLAR BEAR tant la maturité dont témoigne Maya Forbes est éblouissante. S’attaquant avec brio au thème de la bipolarité au fil d’une chronique familiale, la co-scénariste de MONSTERS VS. ALIENS signe un film lumineux, candide et délicat.

Nobody wants what we have

En 1978, Amelia et Faith Stuart (prodigieuses Imogene Wolodarsky et Ashley Aufderheide) voient leur quotidien être tourmenté par la bipolarité de leur père (Mark Ruffalo, exceptionnel) qui, suite à une énième crise, séjourne dans une clinique spécialisée. Elevées jusqu’alors dans une maison cossue au bord d’un lac, les jeunes enfants déménagent avec leur mère dans un petit appartement dans la banlieue de Boston. Bientôt en convalescence, le père tente de reconquérir son épouse qui, pour faire front à leur situation financière et garantir quelque avenir à leurs filles, décide de suivre un cursus à New-York. Amelia et Faith sont, en l’absence de leur mère, sous la garde de leur père maniaco-dépressif.

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D’entrée de jeu, la réalisatrice nous font au point de vue des enfants au travers de l’évocation : une voix-over pose le cadre et sous-tend le souvenir nourri par quelques images en super 8. Embarquées dans de folles aventures par un père heureux de célébrer la perte de son emploi, les fillettes doivent également faire face aux crises qui amènent leur mère à vouloir le quitter. En quelques scènes, Maya Forbes saisit parfaitement les enjeux d’une maladie trouble sous le regard, alors naïf, de l’enfance.

Construisant son scénario sous forme de chroniques, elle épouse un point de vue à la fois distancié et complice avec ses personnages. L’évocation devient peu à peu perméable se doublant bientôt de la projection ou du fantasme de l’intimité entre les parents et offrant au film un volume supplémentaire. S’agit-il de sa propre histoire familiale que Maya Forbes se nourrit habilement de nombreuses anecdotes sans sombrer dans le pathos et en parvenant à offrir au film une réelle légèreté. Le temps s’écoule avec fluidité au fil de mouvements narratifs qui condensent un récit lumineux et bouleversant aux enjeux multiples : au-delà de la bipolarité du père, le film envisage avec pertinence la place de la femme dans la société, les conflits de classe et de race ou encore l’hypothèse de la transmission – passe-t-elle par l’acquisition d’un détonnant franc-parlé.

La sensibilité de l’écriture se retrouve dans la mise en scène dont la cadre souvent serré et la chaleureuse photographie ont quelque chose de merveilleux. Jouant avec parcimonie avec quelques artifices, Maya Forbes au fil d’un montage affuté nous fond au ressenti, alors sublimé, de ses protagonistes tandis que la musique participe à la coloration, plurielle et enthousiasmante, de leurs aventures. Gracieusement impétueux et aérien.

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INFINITELY POLAR BEAR
Daddy Cool
♥♥(♥)
Réalisation : Maya Forbes
USA – 2014 – 88 min
Distribution : A Film
Drame

Infinitely_Polar_Beardaddy cool - infinitely polar bear

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