In The Name Of

On 02/01/2014 by Nicolas Gilson

Malgoska Szumowska aborde de manière singulière l’homosexualité dans un pays où celle-ci n’a pas lieu d’être. Elle l’envisage selon la confrontation des points de vue de plusieurs protagonistes tout en esquissant un contexte sociétal dont elle rend palpable la violence latente.

Adam est un prêtre catholique qui vient d’être muté dans la campagne polonaise où, en corollaire à ses fonctions d’ecclésiastique, il encadre un groupe d’adolescents. Il apparaît irrémédiablement attiré par l’un d’entre eux et, alors qu’il tente vaille que vaille de refouler son désir, celui-ci semble le partager. Complice de ses protégés, Adam en est aussi le confident. Une position qui le confronte à son propre tabou. Mais est-il possible d’entendre et de répondre au questionnement que l’on pose soi-même en interdit ?

Le scénario est habilement construit est met en scène avec sensibilité l’intimité et le désarroi d’Adam tout en développant avec une minutie impressionniste le caractère des autres personnages. Et si l’évolution narrative témoigne d’une dispersion certaine, celle-ci a pour intérêt de nourrir le propos et d’élargir les enjeux.

Le film s’ouvre sur une séquence ludique qui, déjà, esquisse, à travers la banalité de la violence d’enfants à l’égard d’un garçon retardé mentalement, le jugement et le rejet de la différence. Une brève introduction lumineuse qui est suivie par la rencontre avec le personnage d’Adam qui, de séquence en séquence, se révèle à nous. La mise en place est pleine de sens : tout en présentant le protagoniste principal et en esquissant son ressenti, elle nous confronte à la réalité du microcosme dans lequel il évolue.

Rapidement le désir s’impose comme central. Pourtant celui-ci est défendu voire condamné par les préceptes religieux intégrés non seulement par Adam mais aussi et surtout par la société polonaise. Adam tente de fuir ses pulsions mais celles-ci le rattrapent et le rongent peu à peu. La tourmente dans laquelle il est plongé est totale et se répercute sur son comportement. Les gestes – peuvent-ils être allégoriques – se répondent et font sens tandis que les dialogues, tout en économie, accentuent la confusion première.

Malgoska Szumowska vise à transcender l’émotion ressentie. La photographie tend à la sensation avec notamment une fluidité du mouvement et du cadrage qui épousent le plus souvent l’énergie véhiculée au sein des séquences. A contrario, la réalisatrice n’hésite pas à construire certaines scènes comme autant de tableaux asseyant une captivante distanciation. Sans doute en fait-elle un peu trop à force de chercher à sublimer les troubles et les transports qui emportent les protagonistes et ponctuent le film – notamment avec l’emploi des renforts musicaux. Toutefois la justesse de la mise en scène de certaines séquences (notamment celle où Adam se saoule et danse) est telle que IN THE NAME OF (W IMIE…) s’impose comme remarquable.

Enfin l’interprétation de l’ensemble des comédiens, à l’instar de celle d’Andrzej Chyra qui donne vie à Adam avec une force et une douceur communicatives, est admirable.

W IMIE…
IN THE NAME OF
♥♥♥
Réalisation : Malgoska Szumowska
Pologne – 2012 – 102 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

Berlinale 2013 – Compétition Officielle
Film Fest Gent 2013 – Compétition Officielle
Pink Screens 2013

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Mise en ligne initiale le 08/02/2013

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