Critique : In Grazia Di Dio

On 27/07/2015 by Nicolas Gilson

Partant d’une situation aujourd’hui banale d’une petite entreprise familiale en faillite, Edoardo Winspeare nous confronte à un récit universel au centre duquel il place l’humain. Esquissant le portrait de trois générations de femmes, il questionne le devenir d’une société toute entière. Il serait dommage de toutefois considérer IN GRAZIA DI DIO comme un film de constat, tant il est nourri de l’espoir d’un renouveau. Mais faut-il vraiment s’en remettre à Dieu ?

Tout n’est pas à vendre

Faute de commande et sous la pression de leur banquier, Adele (Celeste Casciaro) et son frère Vito (Amerigo Russo), sont contraints à la faillite et doivent vendre la maison familiale pour payer leurs dettes. Si Vito émigre en Suisse, Adele demeure vivre dans les Pouilles. Ont-ils presque tout perdu qu’il leur reste une oliveraie où elle s’installe avec sa mère, sa soeur et sa fille. Outre la maigre pension de veuve de la matriarche, leur seul monnaie d’échange est le travail de la terre.

in grazia di dio - still

L’introduction du film se dessine comme un prologue présentant discrètement les différents protagonistes et nous plongeant dans leur réalité. Adele et Vito s’épuisent-ils à sauver leur entreprise de confection qu’ils doivent faire face à la fatalité. Le système est contre eux. La concurrence chinoise impose des prix qu’ils ne peuvent pas proposer. La situation étouffe proprement Adele qui, acculée malgré un dernier espoir crétin de la part de Vito, doit se résigner.

Les enjeux jusqu’alors abordés sont multiples : de la perversion du système bancaire (où la mafia n’est jamais loin) au trafic des immigrants, de la libération des marchés à l’inconscience d’une jeune génération. Le contraste est saisissant entre la réalité telle que perçue par Adele et par sa fille Ina (Laura Licchetta) : alors que la première doit faire le deuil de son atelier car il lui est impossible de vendre moins cher que ce que ne lui coute la matière première, Ina est scandalisée par le prix exorbitant d’un t-shirt à 8 euros… C’est qu’en une génération, le monde s’est trouvé bouleversé. Et autant dire que pour l’adolescente se retrouver à vivre dans une maison sans électricité au milieu de la campagne est une gageure !

in grazia di dio - mère et fils

Propulsées dans l’oliveraie, leurs échanges sont souvent électriques. Ina se rattache à sa vie matérielle où elle passe des bras d’un garçon à ceux d’un autre non sans traduire son ennui à errer sans but. Adele, lutte pour leur survie quitte à imposer un cadre que sa soeur et sa fille ne peuvent que rejeter tant elles aspirent à une autre vie. Le personnage de la matriarche, Salvatrice (Anna Boccadamo), s’impose comme bienveillant. Qu’importent les querelles, elle se veut présente et trouve dans le travail de la terre épanouissement et complicité. Depuis des années elle entretient une liaison platonique qui peu à peu change de visage – et devient un objet d’aversion pour Ina scandalisée de voir sa grand-mère batifoler. Et puis il y a Maria Concetta (Barbara De Matteis) qui rêve de devenir actrice…

La ligne narrative devient celle d’une chronique familiale où la figure d’Adele s’impose comme centrale. Quatre personnages de femmes, contraintes à plus de promiscuité, s’entrecroisent nourrissant de leurs oppositions une photographie intergénérationnelle de la réalité d’aujourd’hui. Les sujets abordés sont-ils riches que le scénario présente toutefois le défaut de démultiplier les axes d’approches. Voulant sans doute par là rendre plus riche encore son propos, Edoardo Winspeare le dissipe-t-il paradoxalement. Un montage plus condensé aurait cependant permis de gommer cette impression.

Malgré quelques longueurs et une réelle implication soci(ét)ale, IN GRAZIA DI DIO se veut chaleureux. L’approche naturaliste (entre le travail de la photographie et l’absence de toute musique de fosse) et la puissance d’interprétation de l’ensemble du casting (pour la plupart des non-professionnels) n’y étant pas étrangères : comme les protagonistes nous voyageons au fil des émotions, étouffant ou respirant avec eux, et rions, ponctuellement, avec délice.

in grazia di dioIN GRAZIA DI DIO
♥♥
Réalisation : Edoardo Winspeare
Italie – 2015 – 127 min
Distribution : ABC distribution
Comédie dramatique

Berlin 2014 – Panorama


In Grazia di Dio: Trailer HD VO st bil par cinebel

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