I’m the same, I’m an other

On 21/10/2013 by Nicolas Gilson

En s’exerçant à une expérience filmique, Caroline Strubbe nous contraint à une rude épreuve.

Continuum cinématographique de son premier long-métrage (LOST PERSONS AREA, 2009), I’M THE SAME, I’M AN OTHER met à nouveau en scène Kimke Desart et Zoltán Miklós Hajdu, qui, cette fois, n’ont plus de nom. Sont-ils les mêmes ou sont-ils autres ? Fantasme stylistique.

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Un homme (Zoltan Miklos Hadju) prend un ferry pour l’Angleterre avec, dissimulée dans sa voiture, une fillette (Kimke Desart). Bientôt dans une station balnéaire, ils entrent dans une routine où le mutisme est roi. Les jours passent. L’homme s’aventure à l’extérieur tandis que l’enfant est enfermée dans l’appartement. Curieux conte moderne au sein duquel chacun se cherche à sa manière.

L’approche scénaristique est plus clinique qu’épurée. Caroline Strubbe observe ses protagonistes et l’environnement dans lequel elle les situe. Avec minimalisme – et sans finesse – elle esquisse les bases de la réalité qui les conduit à traverser la Manche avant de s’intéresser à la mise en place de leur quotidien. Dans une certaine ritualité, celui-ci se construit sous nos yeux sur base d’une succession de scènes proprement démonstratives. L’homme tente en vain d’instaurer un dialogue tout en fuyant la confrontation, laissant l’enfant, jour après jour, à sa solitude. L’espace clos devient un terrain d’exploration où les tâches ménagères tiennent un rôle central et où la fillette peut elle aussi observer, de manière froide et distanciée, insectes et animaux de passage.

Les protagonistes sont deux corps étrangers qui, comme deux aimants, tantôt se repoussent, tantôt apparaissent indissociables. L’un fait-il un pas en avant que l’autre recule. Trouble chorégraphie à laquelle nous sommes confrontés. Si Caroline Strubbe se concentre sur l’émoi de ses personnages, celui-ci est tellement retenu que l’ensemble en devient superficiel et pénible. Et ce d’autant plus que l’approche esthétique assoit une indépassable mise à distance.

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La mise en scène est tellement travaillée qu’elle en devient artificielle. Pourtant la réalisatrice opte pour un cadre serré afin d’être au plus proche de ses protagonistes et d’en transcender le ressenti en captant leurs expressions et certains de leur gestes, et en se focalisant de sur nombreux détails et accessoires. Si la mobilité de la caméra fatigue, la réalisatrice ponctue son film de plans fixes présentant souvent des ciels. Une ouverture toute rhétorique de même que les jeux de reflet ou de surcadrage.

Le travail sur le son exacerbe l’impression d’isolement et le pathos des personnages. Les renforts musicaux pompeux et assommant, et le recours à une voix-over introduisant et concluant le « récit » complètent enfin cette impression de distanciation. Assassine distanciation.

Malgré de nombreuses qualités (tant techniques qu’esthétiques) et la radicalité de l’approche, I’M THE SAME, I’M AN OTHER est tellement clinique qu’il en devient un pur exercice esthétisant.

Deep in a dream of you

I’M THE SAME, I’M ANOTHER

Réalisation : Caroline STRUBBE
Belgique – 2013 – 103 min
Distribution : Minds Meet
Drame

Film Fest Gent 2013 – Compétition Officielle

I'm the same, I'm an other

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