I Love You Phillip Morris

On 16/02/2010 by Nicolas Gilson

I LOVE YOU PHILLIP MORRIS ! So do I ? Pas si sûr ! La première réalisation du duo de scénaristes habitués au cinéma commercial mainstream sans fond ni forme se dessine comme paradoxale : à la fois politiquement engagée et d’une futilité improbable celle-ci s’appuie sur une artificialité plurielle dans la volonté d’ancrer un témoignage amoureux et anarchiste. Une approche décalée qui renferme en elle une image caricaturée voire archétypale de l’homosexualité masculine. Le divertissement est gentiment plaisant, la réflexion bien autre.

Deux leitmotivs caractérisent la construction scénaristique et esthétique du film : l’adresse directe du protagoniste principal incarné par Jim Carrey – ou de Jim Carrey incarnant celui-ci, la nuance est pleine de sens – en face caméra ou en voix-over, et un enrobage musical obnubilant. Si le premier ancre une dynamique de récit, au sein de laquelle le conteur-héros apparaît comme omniscient, emmenant le spectateur où bon lui semble dans la subjectivité de ses souvenirs, le second met en place une atmosphère générale à la fois légère et joyeuse. Le clownesque n’est pas loin.

Les rebondissements sont nombreux et attestent d’une réelle maîtrise scénaristique : les duettistes ont le mérite de tenir le spectateur en haleine ou pour le moins de jouer avec son attention en flirtant avec l’humour, l’amour voire le suspens ; en somme une hybridité narrative dont la mécanique fonctionne. Mais la caractérisation des personnages ne va pas au-delà du simiesque. Schématiquement le outing conduit à l’exubérance et l’homosexualité à la féminité.

Tout apparaît comme artificiel : à la fois la mise en scène, la direction d’acteur, le choix des costumes et des décors, le conditionnement musical, la dynamique du récit voire la photographie. Cependant au coeur de cette artificialité s’esquissent ponctuellement des micro-dynamiques subjectives, et lorsque les réalisateurs tentent de fondre le spectateur au ressenti de Phillip Morris le film flirte avec le ridicule. Apparaît alors un absence radicale de choix esthétique clair. L’artificiel conduit alors âprement au superficiel – celui du rire et des larmes, celui du divertissement vain mais plaisant.

Mais la superficialité de l’ensemble ne serait-elle tout simplement pas burlesque ? Si Jim Carrey épouse plusieurs vies en une (policier hétérosexuel désespérément croyant, orphelin, mari, père, adultère, gay excentrique et exalté, arnaqueur, escroc … et amoureux), l’acteur revêt un masque censé être pluriel et la représentation qu’il livre handicape toute possibilité d’atteindre l’essence même du protagoniste. Toutefois si le spectateur adhère à cette logique de pure représentation, le caractère caricatural de l’ensemble en devient l’intérêt même. Il est cependant regrettable que la figure de l’homosexuel ne soit pas dépeinte au-delà de la singerie et que la ridiculisation effective de l’Etat du Texas – l’Etat où l’homosexualité est presque un crime, mais de cela le film ne traite pas – soit expédiée en un intertitre.

I LOVE YOU PHILLIP MORRIS

*(*)

Réalisation : Glenn FICARRA et John REQUA

USA – 2009 – 96 min

Distribution : Belga Films

Comédie

EA

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