Critique : I Don’t Belong Anywhere – Le cinéma de Chantal Ackerman

On 22/09/2015 by Nicolas Gilson

Produit dans le cadre de la série « Cinéastes d’aujourd’hui », I DON’T BELONG ANYWHERE se tisse comme une rencontre intime et enchanteresse avec Chantal Akerman et son cinéma. Offrant une grille de lecture à la fois esthétique et thématique de son oeuvre, Marianne Lambert glisse d’un film à l’autre au fil d’un parcours défiant le temps et l’espace, et établit un dialogue, ouvert, avec et autour de la cinéaste.

I DON’T BELONG ANYWHERE

Le point de départ est New-York et l’occasion d’évoquer la genèse de HOTEL MONTEREY (1972) et de LA CHAMBRE (1972) au travers de l’anecdote qui en a permis la production. Alors « perméable », la jeune Chantal Akerman, dont SAUTE MA VILLE (1968) a déjà marqué les esprits, y a découvert le monde du cinéma expérimental. Le dialogue établi par Marianne Lambert assoit d’entrée de jeu une complicité entre la cinéaste, qui se raconte, et le spectateur. Des extraits de films illustrent son propos où l’anticipent créant une magnétique impression de fluidité.

« Ce que je veux, c’est que les gens sentent en eux le temps passer. Je ne leur ai pas volé ces deux heures, ils les ont vécues. Quand ils n’ont pas senti le temps passer, c’est comme si on leur avait volé deux heures de leur vie ».

Se livrant peu à peu, dans autant de décors qui deviennent la mise en scène de clins-d’oeil manifeste à ses réalisations (d’une chambre d’hôtel à une banquette de café où elle tartine de confiture ses tranches de pain), Chantal Akerman évoque la peur qui l’habite depuis que sa mère n’est plus là. Nomade, elle a entretenu avec elle une relation très forte : de NEWS FROM HOME (1977) à NO HOME MOVIE (2015) en passant par JEANNE DIELMAN, 23 QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES (1975), elle sera le personnage-clé de son cinéma de l’intime, du ressenti et de la sensation. « Beaucoup de choses de ce que j’ai fait sont liées à ce qui lui est arrivé », dira-t-elle. « J’ai cru un moment que je parlais pour elle et, parfois, j’ai cru que je parlais contre elle ». Le dialogue est alors à trois voix, le cinéma – son cinéma – se suffisant à lui-même.

les rendez-vous d'anna - aurore clément

Intrinsèquement féministe, l’oeuvre de Chantal Akerman paraît sans compromis composant une réflexion filmographique qui s’ancre dans la matière filmique-même. L’intérêt du documentaire de Marianne Lambert est d’en témoigner sans érudisme ni prétention avec, outre les mots de la cinéaste, ceux de Gus Van Sant (très influencé par elle), d’aurore Clément (héroïne des RENDEZ-VOUS D’ANNA qui, en 1978, choqua la bienséance) ou encore de sa monteuse et complice, Claire Atherton.

Non carriériste au contraire de Juliette Binoche, Akerman avait écrit pour elle une comédie, UN DIVAN A NEW-YORK (1996), une expérience emplie d’un seul regret, celui de n’avoir pas rencontré le public à qui le film était pourtant destiné. L’évocation retraçant la naissance du projet est lumineuse tant la personnalité de la réalisatrice se dessine à la fois dans son discours et dans son comportement. Un évidence qui s’ancre tout au long du documentaire s’impose alors : au fil de I DON’T BELONG ANYWHERE, Akerman (le mythe) fait place, radicalement, à Chantal.

Jeanne Dielman - Chantal Akerman

I DON’T BELONG ANYWHERE – Le cinéma de Chantal Akerman
♥♥(♥)
Réalisation : Marianne Lambert
Belgique – 2015 – 67 min
Distribution : Eres Doc
Documentaire

FIFF 2015 – Regards du présent

I dont belong anywhere - affiche

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