Hypnotique Black Movie

On 19/01/2014 by Nicolas Gilson

Arrivé à Genève, l’affiche menthe à l’eau du Black Movie est parsemée tout au long du chemin qui relie l’aéroport au centre-ville ; elle s’anime dans le tram et s’impose hypnotisante entre celles de diverses campagne de « votations ». Bientôt installé dans une salle de projection, il s’agira d’en découvrir la bande-annonce qui souligne l’anniversaire de l’évènement sur un ton légèrement mutin – et qui, à chaque séance, laisse entendre les interrogations de la part de plusieurs genevois quant à l’identité de celle qui prête ses traits à ce visage qui n’en a pas.

Pour comprendre l’identité et l’intérêt du festival, plus que d’en parcourir le programme mieux vaut y gouter. Malgré une curiosité aiguisée en amont, un contrainte s’avère amère : accepter l’inévitabilité de porter des choix en fonction des horaires qui déclinent intelligemment chaque film en plusieurs séances. La célébration de cette quinzième édition est l’occasion d’un zoom arrière qui excitera d’emblée les fans du OffScreen, les aficionados du cinéma Nova et bien des cinéphiles. Outre le sublime LA SAVEUR DE LA PASTEQUE de Tsaï Ming-Liang, LA MORT DE DANTE LAZARESCU de Cristi Puiu ou SYMBOL de Hitoshi Matsumoto, il s’agit d’établir un dialogue entre les productions indépendantes avec comme maître-mot le cinéma. MILLE SOLEILS de Mati Diop (film d’ouverture du dernier Filmer à tout prix) répond ainsi à TOUKI BOUKI et les réalisations de Brillante Mendoza, de Hong Sangsoo ou de Takashi Miike se mettent elles-mêmes en perspective.

L’arrivée en matinée au Théâtre Grütli au deuxième jour du festival rime avec la présence de nombreux enfants qui, accompagnés de leurs parents, se ruent vers les projections du Petit Black Movie : un festival au coeur du festival dont le trailer donne envie de se lever de bonne heure et de goûter aux projections dès 9h30. Le première projection de la journée est celle de SAPI, l’ultime Mendoza qui n’a plus de brillant que le prénom (coup de cymbale). La découverte du film est avant tout celle du Théâtre de l’Usine et celle – jusqu’ici – en pointillé du cinéma Spoutnik (le cousin genevois du Nova). Cette première séance a surtout le mérite d’être savoureusement introduite par un bonimenteur excitant l’intérêt des spectateurs et témoignant d’un humour fin et caustique.

REDEMPTION-Gomes

Aux reptiles et à l’humitité des troubles des possessions philippines succèdent alors une séance qui à elle seule vaut le déplacement. Le premier volet de la section « Nouvelles cinématographiques » s’ouvre sur un film portugais parfaitement maîtrisé au sujet aussi interpellant que l’intensité de jeu de l’acteur principal. Non dépourvu d’humour, DEUS DARA de Tiago Rosa-Rosso est un réel portrait de société. Venu présenté son film, réalisateur explique que l’origine du film vient d’une citation de Bertol Brecht « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent,mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent ». Sans jamais être discursif, le film exprime cela en filigrane avec simplicité détonnante. REDEMPTION de Miguel Gomes, réalisé avec la complicité du Fresnoy, est un réel bijou. Le réalisateur de TABU (présenté au Black Movie l’an dernier) construit sur base d’images d’archives et de témoignages fantasmés un film d’une rare intelligence dont le montage est un délice. Deux films de la jeune réalisatrice iranienne Anahita Ghazvinizadeh (également présente) closent la séance. Le lumineux WHEN THE KID WAS A KID et le troublant (et très sensible) NEEDLE s’avèrent être des photographies très justes tant de la société où ils s’inscrivent que de la réalité propre aux âges mis en scène (l’enfance dans le premier, la jeune adolescence dans l’autre). Quelques bouffées d’air frais qui donnent espoir dans l’avenir du médium cinématographique !

Outre de belles découvertes « cinéphiles », cette « première » journée a été l’occasion d’être témoin de l’engouement du public pour l’événement ! Car au Black Movie les salles sont combles ! Si bien que nombreux sont ceux qui n’ont pu accéder aux projections… devant se contenter de faire la fête jusqu’aux petites heures.

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