Critique : Hunger

On 28/07/2009 by Nicolas Gilson

Voyant que la grève de l’hygiène n’aboutit pas, la décision est prise par 75 détenus militants de l’IRA d’entamer une grève de la faim au goutte à goutte…

Hunger - Michaël Fassbinder

Le premier long métrage du plasticien et vidéaste Steve McQueen est un film surprenant d’une remarquable justesse et d’une force improbable. Fort d’une maîtrise photographique exemplaire, il met en place un réel langage cinématographique personnel, à la fois imagier et sonore. Dès l’ouverture du film nous sommes proprement secoué par le gros plan d’un visage sale dont le regard déterminé se démultiplie grâce à l’écho sonore. Le silence intervient alors. Ce silence qui nous accompagne tout au long du récit de la même manière qu’il fait corps avec les différents protagonistes.

Si le réalisateur témoigne d’une attention particulière quant à l’hypothèse sonore – peu de renforts musicaux, peu de dialogue même et une justesse citationnelle – celle-ci est indéniablement doublée d’un travail sur la captation visuelle. Les premières séquences du film sont composées de gros plans, voire de très gros plans, où les gestes servent de mise à nu. Ces gestes simples, ceux du quotidien, sont renforcés par une impression sonore, celle de la respiration.

 

Steve McQueen Project - 'Hunger'Nous entrons dans un univers particulier, celui des évènements bouleversant l’Irlande au début des années quatre-vingt. Nous découvrons un univers carcéral précis au moment de la grève de l’hygiène avant de découvrir la grève de la faim entamée par Bobby Sands. Mais au travers de ces manifestations nous sommes confronté à des idéaux et au-delà à des hommes nourris par ceux-ci.

Le personnage qui nous permet d’accéder à l’univers carcéral y travaille. Si ses gestes et son regard témoignent d’une détermination certaine, c’est afin de nous permettre ensuite d’y lire le doute et la tristesse, la peur aussi. Steve McQueen ancre plus encore la mise à nu lors de l’introduction d’un prisonnier. Une même détermination dans le regard, mais rapidement ce jeune homme subit une annihilation folle traduite dans son regard alors perdu, tandis qu’il tente de conserver son empreinte individualiste dans ses gestes secs. Un sujet fort se met en place, celui de la déshumanisation. Pourtant pas le moindre jugement de la part du réalisateur. Il ne témoigne d’aucun manichéisme primaire.

Cette déshumanisation conduira à la première évasion sonore, en travaillant un même rythme qui s’intensifie peu à peu avant de s’essouffler le réalisateur lance un signal d’alarme. La violence devient visuelle, et une impression de chaos se met en place. Le silence et la fixité servent alors de contrepoint.

Steve McQueen croit en la force des images, il les sait porteuses de sens et il leur fait confiance. De là émane une justesse impressionnante. Les gestes des prisonniers nous permettent de ressentir leur quotidien. Le temps est ressenti par le spectateur sans pour autant que cela ne l’éprouve. L’ennui aussi tout comme le désarroi.

Si le récit est complexe, il n’en reste pas moins fluide. La force du réalisateur est celle d’ouvrir notre regard. Il ne porte pas de jugement, il cherche à mettre en place des hommes perdus dans une situation où ils affirment un point de vue, un idéal ou une désillusion.

HUNGER
♥♥♥♥
Réalisation : Steve McQueen
Grande-Bretagne – 2008 – 90 min
Distribution : Paradiso

Trackbacks & Pings

  • Un Grand Moment de Cinéma » Shame :

    [...] du réalisateur est de se faire le complice de ses acteurs. Il offre à Michael Fassbender, après HUNGER, un rôle d’une intensité rare que l’interprète habite admirablement. Et si Carey [...]

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