Howl

On 01/09/2011 by Nicolas Gilson

Lorsqu’en 1957 un procès est intenté à l’éditeur de « Howl » pour obscénité, Allen Ginsberg s’impose comme un personnage incontournable de la contre culture américaine. Rob Epstein et Jeffrey Friedman mettent en scène un film singulier tout en saluant le poète et en rendant hommage à la « Beat Generation ».

HOWL se construit sur la combinaison de plusieurs mouvements narratifs et esthétiques qui se nourrissent les uns et les autres. Au départ il y a un texte, le poème « Howl », lu par Allen Ginsberg (admirablement interprété par James Franco) : les mots, ses mots, donnent l’impulsion à l’instar de la musique Jazz qui habite – plus qu’elle n’habille – le film. Élément central autour duquel chaque enjeu mis en scène gravite, « Howl » est offert au spectateur de manière plurielle et singulière.

Mais il n’est pas question de spectacle. Ginsberg descend de scène et est mis à nu habilement par le duo de réalisateurs. A la manière d’un documentaire, le poète est rendu vivant par le biais d’une interview mise en scène qui constitue l’un des mouvements du film. Il répond aux questions d’un journaliste, il se raconte et se livre. L’évocation faite conduit à un autre mouvement, celui des flash-back. Ceux-ci mettent en scène le passé de Ginsberg, de l’asile à la création, de ses rencontres à ses amours. Le procès intenté à l’auteur pour obscénité, auquel il refuse de se rendre et qui prend place à l’époque de l’interview, est un troisième mouvement encore complété par des séquences d’animation qui constituent une mise en images du poème mis en cause.

Fiction, réalité, fantasme et projection s’unissent admirablement avec une rare sensibilité. A chaque mouvement correspond une approche esthétique spécifique. L’articulation générale est d’une rare cohérence, les éléments, comme autant d’instruments, se complètent les uns les autres. Les réalisateurs fondent encore au cœur de l’ensemble des images d’archives qui l’enrichissent. Ils parviennent à mettre en scène de manière sensible la poésie de Ginsberg et la déraison d’une époque.

La présentation multiple du poème – vécu, lu par Ginsberg devant un public séduit et emporté ;
réapproprié à travers les séquences animées ; déformé, analysé, tronqué, sublimé lors du procès – lui confère autant d’identité et de sens qu’il y a de regards qui se posent dessus. HOWL devient alors une ode à la création, à la poésie mais aussi et surtout à la liberté d’expression.

Car HOWL est également une rencontre avec l’absurdité de la pensé « normative » des USA d’alors – et seulement ? – où lorsque la pensée dérange, lorsque l’émancipation de soi se veut être indépendante de la pensée (re)productive « commune », elle conduit inéluctablement à l’asile – sacre de toute condamnation. L’asile qui digéra des proches de Ginsberg en les anéantissant (à l’instar de Neal Cassady ou de la mère du poète).

HOWL
♥♥♥
Réalisation : Rob EPSTEIN et Jeffrey FRIEDMAN
USA – 2010 – 84 min
Distribution : BFD
Comédie dramatique

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