Hors Les Murs

On 18/01/2013 by Nicolas Gilson

Sur base de la rencontre entre deux hommes, le premier long-métrage de David Lambert envisage la complexité de la dynamique amoureuse. Les enjeux soulevés sont nombreux. De la rencontre à l’absence, de l’acceptation de soi au deuil de l’autre : HORS LES MURS appréhende avec justesse les questions identitaires de la construction de soi.

Après une soirée arrosée, Paulo se réveille chez Ilir qui l’a raccompagné chez lui car il ne tenait plus debout. La complicité entre les deux hommes, qui fait suite à un jeu de regards appuyés, s’impose d’emblée. Si le désir est palpable, la retenue est de mise. Une tension sexuelle en émane et transcende un érotisme troublant. Mais déjà, derrière cet l’élan amoureux, se cache l’enjeu de l’acceptation de soi : Paulo vit en couple avec sa fiancée, qu’il a déjà trompée avec des hommes et à qui il a promis de ne plus le faire. Il lui est impossible de contenir son désir. Paulo doit faire des choix, un choix.

Plus que d’envisager le « coming-out », David Lambert appréhende intelligemment la nécessité d’être honnête par rapport à soi-même. Et cette démarche est complexe car il s’agit de se construire dans la relation à l’autre et au monde. Le scénario est habile. Il met en place avec brio la dynamique de la construction amoureuse en la nourrissant de détails anecdotiques qui lui insufflent une justesse sensible. Le réalisme des situations mises en scène et la force des dialogues amusent, enivrent ou irritent. La sincérité de la mise à nu des protagonistes est totale.

Toutefois David Lambert porte la réflexion au-delà de la construction amoureuse. Ilir quitte Paulo pour quelques jours et ne revient pas. Il est alors question de faux-semblants mais aussi, au final, de séparation et du surpassement de l’absence. Ilir est emprisonné en France. Son ressenti ne peut être celui de Paulo qui est séparé de celui d’Ilir par une frontière à la fois effective et psychologique. Paulo teste alors ses limites tant il doit se retrouver, se trouver…

Les enjeux contenus dans le scénario sont nombreux et, souvent, se répondent. L’équilibre, la justesse et la puissance de l’écriture s’imposent. David Lambert opte pour une mise en scène intimiste avec un cadre résolument serré et une épure dans la mise en scène privilégiant la complicité et la sincérité des gestes, laissant aux mots la possibilité de résonner. Toutefois quelques effets d’esthétisation apparaissent de-ci, de-là. Mais jamais la (dé)monstration ne l’emporte sur l’impression, sur les sensations. Et la force d’interprétation de Guillaume Gouix est désarçonnante.

HORS LES MURS
♥♥
Réalisation : David LAMBERT
Belgique / Canada / France – 2012 – 98 min
Distribution : Tarantula Luxembourg (Ventes internationales : Films Boutique)
Drame

Cannes 2012 – Semaine de la Critique

FIFF 2012 – Compétition


Mise en ligne initiale le 20/05/2012 à 13h

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