Hitchcock

On 01/02/2013 by Nicolas Gilson

« Derrière tout grand homme, il y a une femme », cet adage pour le peu réducteur condense les intentions mielleuses du film réalisé Sacha Gervasi. HITCHCOCK n’est ni un biopic ni la mise en scène du « making-of » du film PSYCHO, mais une banale comédie romantique dont le seul mérite est de donner envie de revoir les réalisations du « maître du suspens ».

Le projet du film d’horreur tourné par Alfred Hitchcock, de la quête d’un scénario à sa sortie en salle, sert de théâtre à une singulière histoire d’amour qui se retrouve singée. Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins grimé au point d’être une marionnette à la gestuelle chorégraphiée) et Alma Reville (Hellen Mirren) deviennent des personnages caricaturaux que nous ne découvrons que de manière superficielle – qu’importe l’intensité du jeu de Helen Mirren.

Le film qui s’ouvre pourtant sur une amusante tonalité pastichant les épisodes de « Alfred Hitchcock présente » bascule rapidement vers l’exacerbation du pathos du célèbre réalisateur. Lorsqu’à la première de LA MORT AUX TROUSSES (North By Northwest), un journaliste lui demande si, à son âge, il ne vaut pas mieux qu’il s’arrête sur un succès, Hitchcock doute avant de se mettre en quête d’un nouveau projet afin de prouver qu’il n’est pas encore dépassé. Il décide alors de réaliser PSYCHO. Comme la Paramount à qui il doit un film refuse de lui suivre, il propose de le financer lui-même. Une industrie dont la complexité disparaît rapidement pour faire place aux seuls rebondissements sentimentaux qui secouent Hitchcock et sa compagne Alma dont nous épousons les points de vue.

S’il y a des scènes délectables – comme par exemple le choix d’Anthony Perkins pour le rôle de Norman Bates ou l’enrôlement du scénariste Joe Stephano – Sacha Gervasi dépeint grossièrement la personnalité du cinéaste. Il esquisse son côté observateur voire voyeur sans la moindre finesse de la même manière qu’il en fait un vulgaire jaloux manipulateur. Les parallèles entre l’identitaire du réalisateur et certaines caractéristiques de ses protagonistes sont balourds tant ils semblent appuyés. HITCHCOCK semble alors être une cruelle farce. Une impression confirmée par la caractérisation de l’ensemble des protagonistes dont la superficialité refroidit plus qu’elle n’amuse.

Si la jalousie anime Hitchcock, elle (é)meut aussi Alma qui doit faire face à la quête de « la blonde idéale » par son mari et qui trouve refuge dans l’écriture d’un scénario avec un ami un peu trop séducteur. Bref, l’intrigue se développe en une banale romance au sein de laquelle un délire hallucinatoire met en scène la représentation des doutes et des angoisses d’Hitchcock – une autre balourdise afin de faire ressentir ce que le réalisateur n’est pas amène de transcender puisqu’il s’appuie sur un scénario qui n’offre pour protagoniste principal que la représentation d’une figure mythifiée.

Néanmoins parvenir à adapter le livre de Stephen Rebello justement intitulé « Alfred Hitchcock and the making of Psycho » en une déplorable comédie romantique avec tous les codes – réducteurs – du genre est une prouesse parfaitement maîtrisée par le scénariste John McLaughlin et par Sacha Gervasi qui signe une réalisation en tous points superficielle – il a dès lors le mérite d’être cohérent – et appuyée. Ajoutons que rarement une musique de suspens a été aussi mal employée… L’artifice s’impose sans la moindre magie.

HITCHCOCK
♥(♥)
Réalisation : Sacha Gervasi
USA – 2012 – 98 min
Distribution : TWENTIETH CENTURY FOX
Comédie romantique / Biopic

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>