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On 17/03/2014 by Nicolas Gilson

Après MAX ET LES MAXIMONSTRES, Spike Jonze met en scène un récit fantastique qui prend place dans un « futur proche » dont les contours sont dessinés par les avancées technologiques. Il envisage la troublante relation entre un homme devenu mélancolique et un système d’exploitation informatique qui en plus d’être doté d’un pouvoir d’adaptation au caractère de son propriétaire témoigne d’une indépendance révolutionnaire. Romance homérique.

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Theodore Twombly (Joaquin Phoenix) est en instance de divorce et vit assez mal la situation. Replié sur lui-même, s’il reste investi dans son travail (écrire la correspondance amoureuse d’inconnus), il n’est plus le gai luron qu’il a été. Enfermé dans une routine quotidienne où la technologie confine son isolement, il décide d’acquérir un nouveau système d’exploitation des plus interactif. Dès l’initialisation du programme, un dialogue s’établit. Theodore choisit le « sexe » du système qui choisit lui-même de se nommer Samantha – le réalisateur ne dépassant malheureusement pas cette notion de genre. Une étrange relation se construit alors en eux. D’abord amicale celle-ci devient passionnelle. Mais demeure-t-elle pour autant virtuelle ?

Spike Jonze met en scène le miroir fantastique d’un monde qui ne l’est guère où technologie et virtualité dessinent les contours d’une nouvelle réalité qui rime avec la nôtre. Ses protagonistes interagissent de manière constante avec les outils communs que sont l’informatique, le numérique et la connectivité. Ainsi le téléphone portable de Theodore est un des éléments d’un réseau qui supplée à presque tous ses besoins. Muni d’une oreillette, il reçoit directement les informations qu’il désire et peut notamment en visualiser les images sur l’écran de son mobile. L’acquisition de « Samantha » est une étape supplémentaire de cette dépendance à la virtualité.

Celle-ci – à la fois commune et pathétique – trouve un écho singulier dans la profession du protagoniste. En effet, s’il s’exerce à rédiger des lettres d’amour tant pour des couples qu’il a appris à connaître au fil du temps que pour des inconnus, il est, à l’instar de ses clients, incapable d’exprimer ses sentiments. Et qu’importe la qualité et la virtuosité de sa plume (ou plutôt de sa dictée) celle-ci est – au sens propre comme au figuré – tristement empruntée. Si cela constitue l’un des reflets que Spike Jonze dessine de notre société, il ne développe son propos que superficiellement alors qu’il esquisse pourtant l’étrange statut des textes dont l’auteur qui n’en est en toute logique pas signataire demeure propriétaire des droits.

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Le travail de Theodore participe à la tonalité générale à laquelle tend le réalisateur. Une tonalité aigre-douce où s’entremêlent mélancolie et émerveillement, passé et présent (notre futur ?), réalisme et virtualité. Spike Jonze révèle peu à peu le caractère de son protagoniste au fil de ses interactions – réelles et virtuelles – mais aussi au travers d’évocations en flash-back et de quelques projections (ce qui n’est pas dénué d’une certaine balourdise). Il joue d’entrée de jeu avec le ressenti des spectateurs qu’il confronte à Theodore qui semble témoigner d’une complète mise à nu alors qu’il s’avère être occupé à la rédaction d’une lettre. Un trait d’humour non dénué d’ironie dont témoigne le réalisateur tout au long du film. Néanmoins le climat qu’il esquisse est aussi effrayant que séduisant.

La réalité de Theodore s’avère d’ailleurs commune : l’individu n’est-il pas isolé au sein d’une masse où chacun interagit pareillement avec la technologie ? Plus encore, la relation qui l’unit à Samantha apparaît ne pas être isolée mais devenir un réel enjeu de société comme en témoigne le dialogue entre Theodore et Samantha ou sa meilleure amie Amy (Amy Adams) – un personnage qui bien que secondaire permet à Spike Jonze d’ancrer moult commentaires tant sur la réalité qu’il met en scène que sur notre société (notamment à travers le programme informatique sur lequel la protagoniste travaille). Cependant Spike Jonze ne fait pas le procès de la technologie qui est tout à la fois source d’aveuglement et alternative salutaire voire salvatrice au coeur d’une société où les relations et repères sociaux ne cessent de se redéfinir.

L’approche esthétique est techniquement parfaite et joue habilement avec la virtualité et l’artificialité. Les espaces sont ainsi vecteur de sens à l’instar du cadre de travail de Theodore (tout impersonnel mais coloré) ou de l’appartement d’Amy (correspondant à une banalité normative). Spike Jonze tend à une mise en scène réaliste au sein de laquelle il isole son protagoniste afin d’en exacerber l’émoi tout en permettant aux spectateurs, lorsqu’il ouvre son champs de captation, de mettre en perspective sa réalité. Le montage est l’élément de la révélation ancrant le basculement du protagoniste qui au-delà des mots prend conscience de sa situation à travers bien des éléments du monde qui l’entoure. La tonalité des flash-back est toutefois trop convenue voire factice tant elle se veut platement illustrative. Et sans doute est-ce le principal reproche qui peut être fait à HER car d’un bout à l’autre du film une impression de superficialité s’impose. Mais celle-ci ne fait-elle pas écho à la relation amoureuse – que d’aucun qualifierait de cristallisation – qui réunit Theodore et Samantha ? Des amours d’emblée biaisées puisque le système d’exploitation – qu’importe sa prise d’indépendance (autre sujet franchement singé par Spike Jonze) – est censé s’adapter à la personnalité de son acquéreur.

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HER
♥♥
Réalisation : Spike Jonze
USA – 2013 – 120 min
Distribution : Paradisio Films
Drame / Fanstastique

OffScreen Film Festival 2014 – OffScreenings

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