Henri

On 05/12/2013 by Nicolas Gilson

Bien que ponctué d’une réelle poésie et construit avec une sincère humanité, HENRI n’enchante guère. Ecrit et réalisé par Yolande Moreau, ce double portrait se veut horripilant tant au coeur d’une trame dépourvue de rythme nombreux sont les « tableaux » qui subjuguent. Lorsque belgitude rime avec platitude.

HENRI_YolandeMoreau_04©ArnaudBorrel

Santé, bonheur, pipe à toutes heures !

Au décès de son épouse, Henri (Pippo Delbono) engage un « papillon blanc » afin de l’aider à faire tourner son restaurant. Rosette (Miss Ming), déficiente mentale, s’occupe alors comme elle le peut du service en salle tandis que Henri peut continuer à gérer son domaine, la cuisine. Si l’homme se redécouvre au travers cette rencontre, la jeune femme, elle, rêve d’amour, de normalité et de sexualité aussi.

Henri est résigné, alcoolique et dépressif. Rosette aimerait croquer à pleine dents une vie que la « normalité » lui refuse. Yolande Moreau appréhende ces deux solitudes dans leur quotidien avant qu’elles ne décident de s’en affranchir ensemble. Mais si l’intention est louable et le message humaniste, l’approche laisse quelque peu dubitatif.

En effet, le marasme dont témoigne Henri est tel qu’il apparaît d’emblée comme lui-même handicapé et ce au-delà de toute symbolique. De la scène d’ouverture à l’évocation de l’aide d’un « papillon blanc » un doute est-il possible ? Henri, d’une rare mollesse, est en tout point assisté et son entourage (tant sa femme et sa fille que ses amis ou ses clients) lui parlent comme à un enfant voire un « demeuré ». Entame-t-il une action qu’il est incapable de la terminer – si ce n’est boire, car ça oui, il sait le faire.

A ce premier portrait quelque peu trouble (car non Henri n’est pas déficient mental) répond celui, plus troublant, de Rosette. Toutefois la construction qui se fond aux ressentis des deux protagonistes tout en s’en distanciant apparaît bien inégale. Plus encore l’équilibre entre les deux protagonistes trouve difficilement son rythme et, dès lors, c’est l’ensemble qui part en vrille. Un constat d’autant plus désolant que la réalisatrice parvient de-ci, de-là à insuffler une réelle dimension poétique.

La caractère inégal du scénario se retrouve dans la mise en scène tantôt sublime, tantôt inconsistante. La réalisatrice oscille entre une photographie réaliste, une légèreté quelque fois bancale et des envolées exaltantes sans jamais trouver ni rythme ni réelle tonalité.

Yolande Moreau compose de réels tableaux qui ponctuent majestueusement le film à l’instar d’un envol de pigeons ou de la séquence de la piscine dont le marquage des couloirs prend un tout autre sens. Symboliquement et visuellement, la réalisatrice parvient alors à transcender l’émoi de ses protagonistes. Une acuité qui rend insupportable la platitude d’autres séquences. Aussi, in fine, l’ensemble paraît tristement plat.

Alors que Miss Ming subjugue proprement d’un bout à l’autre du film et donne vie avec force et fragilité au personnage de Rosette, Pippo Delbono compose un personnage dont la résignation est telle qu’il en perd toute crédibilité. Cette exagération se retrouve également chez d’autres interprètes à l’instar de Jackie Berroyer ou de Lio. Si moult « guests » parsèment le film, leurs interprétations se veulent tantôt superbe (notamment Yolande Moreau) ou sans saveur (navré Monsieur Godin).

Henri - affiche

HENRI

Réalisation : Yolande Moreau
Belgique / France – 2013 – 107 min
Distribution : O’Brother
Comédie dramatique

Cannes 2013 – Quinzaine des Réalisateurs (film de clôture)
FIFF 2013 – Compétition Officielle

HENRI_YolandeMoreau_02©ArnaudBorrel

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