Critique : Hedi

On 03/10/2016 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de Mohamed Ben Attia, HEDI s’articule autour d’un Tunisien ordinaire ancré dans la routine et la tradition. Faisant écho au prenom du protagoniste, le titre du film, qui signifie « calme », anticipe également le mouvement auquel nous confronte le film : un parcours qui se meut en tempête intérieure, véritable ode à l’émancipation.

Inhebbek Hedi -Rym Ben Messaoud 03 © Frederic Noirhomme NOMADIS IMAGES-LES FILMS DU FLEUVE–TANIT FILMS.jpg

Vivant et travaillant à Tunis comme représentant, Hedi retrouve à la veille de son mariage la maison familiale régie de main de fer par sa mère. Passif et résolument suiveur, il s’apprête à épouser une jeune fille qu’il courtise depuis trois ans. Après tout, l’un et l’autre n’ont-ils pas l’aval de leurs familles ? Las d’un travail au sein duquel il ne trouve aucun épanouissement, alors qu’il est chargé de prospecter dans une nouvelle région, il y fait la rencontre de Rim qui agit comme un détonateur.

D’emblée Mohamed Ben Attia nous confronte au conformisme de son personnage qui noue une cravate autour de son col bien repassé, quitte ses chaussures en toile et enfile des souliers de cuir bien cirés pour répondre aux attentes de son employeur et des ses potentiels clients. Avant même de le rencontrer nous découvrons une facette de sa personnalité qui s’intensifie tant sur son lieu de travail que lors de la rencontre avec sa belle-famille selon un rite traditionnel : effacé, il semble subir son quotidien sans s’en plaindre pour autant. Il suit les sillons tracés pour lui.

Inhebbek Hedi -Rym Ben Messaoud 01 © Frederic Noirhomme NOMADIS IMAGES-LES FILMS DU FLEUVE–TANIT FILMS

Le scénario s’ancre et se développe selon une unicité de point de vue que l’approche visuelle assoit tout en actant d’une distanciation. Il s’agit de faire corps avec l’énergie du protagoniste – souvent filmé de dos, à hauteur d’épaule – tout en l’observant pour devenir les témoins de son comportement et de son changement soit-il, a priori, imperceptible avant de d’être pleinement effectif par une succession de brisures – à l’instar de l’oubli du changement de chaussures.

Derrière la simplicité du développement scénaristique, Mohamed Ben Attila évoque le devenir de la Tunisie qui, dominée par sa tradition, s’éveille à elle-même. Hedi se revèle être un personnage charnière, divisé par la tradition et excité par la découverte de la liberté incarnée par Rim. Devenue en un sens apatride, la jeune femme incarne l’autre visage de la Tunisie qui évolue, a évolué en quittant tout réel ancrage dans le pays. Evoquant intelligemment le « Printemps Arabe », le réalisateur questionne sa résonnance en chantant la liberté individuelle. Une liberté qui n’a pas de prix et qui peut être effective dès lors qu’on la revendique. Car le secret est là, résidant dans le dialogue et le poids des mots : ne suffit-il de considérer un rêve comme un projet pour conduire son exécution ?

HEDI
Inhebbek Hedi
♥♥
Réalisation : Mohamed Ben Attia
Tunisie / Belgique / France – 2016 – 88 min
Distribution : Imagine Film
Emancipation

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Compétition

Hedi affiche belgique

Inhebbek Hedi -Rym Ben Messaoud 02 © Frederic Noirhomme NOMADIS IMAGES-LES FILMS DU FLEUVE–TANIT FILMS.jpgmise en ligne initiale le 12/02/2016

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