Happiness Therapy

On 22/02/2013 by Nicolas Gilson

Bien qu’il semble s’affranchir des canons du genre en ancrant son film dans la réalité tout en lui insufflant la tonalité d’un humour décapant, David O. Russell met en scène une banale comédie romantique. Si la couche de vernis à l’esthétique toute formatée chère aux nombreuses productions américaines ne transparaît pas dans son approche visuelle, l’évolution scénaristique, le montage et l’enrobage musical dégoulinent d’une visqueuse mièvrerie et manquent de finesse. Et la superficialité l’emporte inexorablement.

Lorsque sa mère (époustouflante Jacki Weaver) vient le chercher, Pat Solatano (simiesque Bradley Cooper) est dans un institut psychiatrique depuis maintenant huit mois. Il retrouve alors le foyer familial (où il retrouve les tensions avec son père) car il n’a plus ni maison ni travail. Il est dévoré par une seule obsession : reconquérir sa femme ou plutôt son ex-femme. Aussi il tient à garder la ligne retrouvée en courant afin d’être séduisant – et sans transpirer malgré le sac poubelle employé à cet effet – et s’est mis en tête de lire l’ensemble des ouvrages que son ex-épouse met au programme de ses cours – et se retrouve en faire des critiques naïves plutôt caustiques.

Toutefois la chose est moins aisée qu’il n’y parait puisqu’il est sommé par une décision de justice de pas chercher à entrer en contact avec son ex et de ne pas s’approcher ni d’elle ni de son lieu de travail. Mais il garde espoir et ne vit que dans cette optique.

Il fait rapidement la connaissance de Tiffany (Jennifer Lawrence) qui a perdu les pédales suite au décès de son époux. Il ont en commun une marginalité pour peu jubilatoire et développe une relation amicale où chacun trouve son intérêt : Pat devenant le partenaire de Tiffany à un concours de danse si celle-ci remet un courrier à son ex-femme. Mais que va-t-il donc bien pouvoir leur arriver ?

HAPINESS THERAPY présente une galerie de personnages dont la caractérisation est habile tant elle semble délibérément caricaturale. Pat est direct, beaucoup trop, tout en se comportant comme un enfant obsessionnel. Le caractère de Tiffany présente pas mal de similitudes au sien tout en témoignant de la lucidité qui semble lui manquer. Le contexte familial de protagoniste principal est dépeint avec économie (souvent de simples appuis) et se développe dans l’interaction entre les parents et les enfants – Pat ayant un frère « brillant », chouchou de leur père.

En adaptant le roman « Silver Linings Playbook » de Matthew Quick, David O. Russell s’intéresse, outre la dynamique première de la rencontre, à la photographie qu’il peut faire de la société américaine. Ainsi la galerie de personnages qu’il met en place se révèle être un portrait bien critique. Toutefois, cet ancrage dans la réalité est supplanté par la mièvrerie tristement commune de la ligne narrative et les artifices qui vont de pair avec. Si bien que l’ensemble des éléments secondaires deviennent paradoxalement un décorum grossier voire balourd. La sauce qui prenait admirablement dans THE FIGHTER n’a ici aucun volume et se révèle bien fade tant la ligne scénaristique première manque de singularité.

Dès l’ouverture du film, la présence de la caméra s’impose comme épuisante. David O. Russell a intégré les jeux de mouvements incessants dans la captation ou encore de zoom pour transcender une nervosité pseudo-réaliste. Alors tout s’agite, s’excite et est haché grâce à un axe de montage en cut. Toutefois celui-ci est complété par une dynamique d’appuis – très nombreux – afin de souligner des enjeux parfaitement compréhensible sans cela. La logique des renforts musicaux allant dans ce sens – ah ce parfait conditionnement qui souligne bien chaque intention elle-même déjà bien assise.

Si le casting est dans l’ensemble et dans la logique au final plutôt balourde convaincant, il ne présente rien de transcendant pour autant à l’exception de Jacki Weaver qui est simplement sublime voire de Jennifer Lawrence qui semble, malgré l’exacerbation de son ressenti (pathos?) par les effets de découpage et de montage, fragile et ordinaire.

SILVER LININGS PLAYBOOK
HAPINESS THERARY
•/♥
Réalisation : David O. Russell
USA – 2012 – 122 min
Distribution : A-Film
Comédie (romantique)

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