Hannah Arendt

On 23/04/2013 by Nicolas Gilson

Margarethe Von Trotta esquisse le portrait de Hannah Arendt en s’intéressant à la période clef où celle-ci développe son concept de « banalité du mal ».

Hannah Arendt (Barbara Sukowa)

Nous sommes au début des années 60, alors que le procès Eichmann s’ouvre, la philosophe, formée auprès de Heidegger, part à Jérusalem afin de le couvrir pour le New Yorker. Dans le milieu intellectuel dont elle fait partie, l’arrestation et le procès d’Adolf Eichmann divisent les esprits et la critique qu’Arendt développe autour de son procès choque. Elle publie une série de textes – maintenant fondateurs – qui dérangent où elle questionne notamment le rôle des autorités juives et met en perspective l’antisémitisme d’un homme « ordinaire » à l’absolue logique bureaucratique.

La force du film en est indéniablement le sujet. Témoignant d’une écriture trop appuyée et d’une mise en scène maniérée proche du téléfilm – vieillotte et éculée plus que classique –, Margarethe Von Trotta parvient néanmoins à insuffler et transmettre l’énergie qui habite la protagoniste dont elle dépeint le combat. Hannah Arendt évolue dans un milieu universitaire et dans une société dont le machisme ne cesse de s’imposer à nous, elle doit dès lors défendre sa pensée non seulement pour le sujet et le point de vue qu’elle développe mais aussi parce qu’elle est une femme.

Dans le rôle titre, Barbara Sukowa livre une interprétation impressionnante tant elle apparaît transcender une vive force de caractère chargée de froideur présentant un réel humanisme. La réalisatrice opte pour mettre en scène la philosophe dans son intimité ce qui tend quelques fois au pathos – lorsque Hannah Arendt est pensive et qu’un renfort musical souligne cet état ou dans les lourdes séquences en flash-back – mais permet aussi de la découvrir autre dans la complicité qui l’unit à son mari ou à ses amis, notamment Mary McCarthy.

L’écriture du film laisse quelque peu dubitatif car elle entremêle des artifices manquant de finesse et de crédit à une justesse dont la simplicité s’avère sensible (à l’instar des scènes esquissant la relation entre Hannah et son époux). La mise en scène, au sein de laquelle la réalisatrice recourt plus et moins judicieusement aux images d’archives du procès, répond d’une même logique et s’avère systématique et démonstrative. Dès lors Margarethe Von Trotta nous emporte sans nous convaincre pleinement dans une aventure toutefois passionnante.

Hannah Arendt (Barbara Sukowa) et Mary MacCarthy (Janet McTeer)

HANNAH ARENDT
♥(♥)
Réalisation : Margarethe VON TROTTA
Allemagne / France / Luxembourg – 2012 – 113 min
Distribution : ABC Distribution
Biopic / Drame

Hannah Arendt - affiche

Hannah Arendt - Israël

Hannah Arendt

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