Critique : Hail, Caesar !

On 11/02/2016 by Nicolas Gilson

Renouant avec la comédie, Ethan et Joel Coen fantasment les coulisses de l’âge d’or hollywoodien et mettent en scène une fresque qui ravira les passionnés et laissera sur le banc de touche bien des ignorants qui, loin d’être désespérés, se contenteront d’apprécier un casting savoureux. Entre hommage et satire, HAIL, CAESAR ! est une plaisante immersion dans l’univers impitoyable des studios alors maîtres divins du « star system ».

Eddie Mannix (Josh Brolin) est un fixeur qui officie au coeur du studio de Capital Picture. Homme de main de la production, il est l’homme de l’ombre qui règle ou anticipe les problèmes afin de garantir tant le bon déroulement des tournages que la réputation de l’armée d’acteurs et de réalisateurs qui attirent le public en salles – ce qui fait tourner l’industrie. Il nous ouvre la porte d’un univers fantasmagorique qui brasse de nombreuses vérités.

Hail Caesar - Ave Cesar - Tilda Swinton

Développant leur scénario autour de la figure centrale de Eddie Mannix, les frères Coen condensent en une folle journée, au fil des pérégrinations du personnages, l’esprit et le fonctionnement de Hollywood à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Asseyant d’emblée une tonalité ironique et distanciée, ils nous confrontent rapidement à une mise en abyme permettant de singer un cinéma tout à la fois daté et âprement contemporain. Ils nous plongent ainsi dans un Péplum au budget colossal emporté par la plus grosse star du studio, Baird Whitlok (George Clooney). Un premier tableau flamboyant qui assoit une dynamique humoristique aigre-douce.

Des coulisses au plateaux de tournage les tribulations ordinaires du studio sont l’occasion de célébrer les westerns, les comédies musicales et les grands drames classique, et de faire de nombreux clins d’oeil à des figures incontournables à l’instar de, en vrac, Bubsy Berkeley, Fred Astaire, Carmen Miranda (BANANA SPLIT) et Gene Kelly. Difficile de ne pas penser à MILLION DOLLARS MERMAID ou GOLD DIGGERS lorsque nous découvrons Scarlett Johansson dans la peau (et la queue) de DeeAnna Moran et Channing Tatum dans celle de Burt Guney. Mais les frères Coen nous emportent au-delà de la réalité de Hollywood, hantée par des journalistes avides de scandales et la crainte des censeurs, en mettant en scène l’enlèvement de Baird Whitlok par un groupuscule communiste – le summum de l’ironie des réalisateurs qui tournent en dérision the Hollywood Blacklist. Un suspens des plus maigrelet car sans réel enjeux, à l’image de HAIL, CAESAR ! dans son ensemble qui se composent de tableaux comme autant de sketches divertissants.

L’approche esthétique est-elle des plus distanciée qu’elle est proprememnt louable, les réalisateurs rendant de splendides hommages et nous jettant aux yeux les paillettes d’un cinéma désuet qui, pourtant, font toujours effet. Si l’ensemble manque cruellement de rythme, le casting est délectable et amuse, pluriellement, la galerie. De Ralph Fiennes en réalisateur sophistiqué (qui n’apprécie guère d’hériter d’un héros de western incapable de dire plus de trois mot d’affilés interprété magistralement par Alden Ehrenreich) à Frances McDormand méconnaissable dans le rôle d’une monteuse aussi folle que hors-pair. Une sympathique compensation pour qui se sentira perdu dans un univers hautement référentiel.

HAIL, CAESAR !
♥(♥)
Réalisation : Ethan & Joel Coen
USA / Royaume-Uni – 2015 – 100 min
Distribution : Sony
Comédie

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Hors-Compétition (Film d’ouverture)

ave-cesar-afficheHail Caesar - Berlinale 2016 Hail Caesar - Scarlett Johanson Hail Ceasar - Ralph Finnes

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