Habemus Papam

On 13/05/2011 by Nicolas Gilson

Avec humour et humanisme, Nanni Moretti envisage l’élection du souverain pontife par le Conclave comme le destin d’un homme. Nulle irrévérence malgré une touche d’ironie et un regard assis, mais jamais jugeant, sur le Vatican. Le réalisateur de LA CHAMBRE DU FILS esquisse un portrait délicat et pluriel au cœur duquel il assimile foi et athéisme en une hypothèse humaine et individuelle.

Après le CAIMAN où le réalisateur critiquait ouvertement la politique de Berlusconi, on aurait pu s’attendre à un réel engagement politique. Si celui-ci est ponctuellement perceptible, il reste en arrière-fond et en demi-teinte. Car le sujet n’est pas là. Certes Moretti s’amuse des cardinaux et des traditions, il se moque de la télévision italienne… Mais la critique n’est pas motrice. Loin de là. Elle participe à une approche narrative, quelque fois éparse, où l’homme, au sens noble, est central.

Un cardinal (Michel Piccoli) est appelé à être Pape. Mais il doute, il angoisse. S’agit-il de peur ou de dépression ? La prime hypothèse est de démythifier la figure papale, d’en faire un homme comme un autre. Le faire douter, c’est le conduire à remettre sa foi en question. C’est le confronter à l’indicible, à l’informulable. C’est aussi montrer les limites d’une tradition, et les conséquences que cette situation peut engendrer.

La force de l’approche de Moretti est d’infiltrer au sein du Vatican non seulement le doute mais aussi le contraste et la contradiction. Il tient lui-même ce rôle en la personne d’un psychiatre. L’âme est alors opposée à l’inconscient, l’athée au représentant de la foi catholique. Par le biais de l’humour, Moretti met à mal les mécanismes de la tradition qui retire au Pape de sa position d’individu. Au sein du Vatican, la sphère privée n’existe pas. Les fonctions priment. La tradition dicte sa loi.

Le Pape parvient à s’enfuir. Une fuite peu commune compte tenu de cette tradition et de sa position. Et alors qu’il fuit, le psychiatre est contraint de rester enfermé au sein du Vatican. Les contrastes sont alors nombreux, et les enjeux « individuels » ne cessent de se développer. Le Pape redevient homme, retrouve sa personnalité. Mais peut-il être seulement libre ?

L’approche esthétique est classique. L’interprétation de Michel Piccoli est magistrale. Toutefois le réalisateur ne parvient pas à mettre en place une réelle empathie. Est-ce dû au fait qu’il oscille entre deux registres, l’un réaliste et l’autre humoristique, qui ne s’épousent jamais.

HABEMUS PAPAM
♥♥
Réalisation : Nanni MORETTI
Italie/France – 2010 – 104 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

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