Grigris

On 22/05/2013 by Nicolas Gilson

Un homme danse et ses gestes nous subjuguent. Son corps oscille et se désarticule. Ses mouvements le transforment comme si à mesure qu’il se meut, son corps change de taille, ses bras s’allongent ou se rapetissent, ses jambes disparaissent au profit d’un buste immaculé. Il y a d’entrée de jeu un rapport hypnotique. Autour de lui, dans une boîte de nuit, tous crie son nom : Grigris.

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Souleymane Démé, dit Grigris, utilise son handicap physique tout à la fois pour gagner sa croûte et comme moyen d’expression. S’il peut apparaître fragile, il porte en lui une énergie palpable, dure et fragile à la fois. Son quotidien est tantôt rythmé par le boulot de sa mère « blanchisseuse », tantôt par celui de son beau-père tailleur et photographe. Un jour Mimi se présente pour être photographiée – elle veut être mannequin. Ce même jour Grigris en tombe amoureux. Ils se revoient, la nuit, et le jeune homme découvre qu’elle aussi vit de son corps. Mais qu’importe. A travers Mimi, c’est le portrait de bien des femmes que le réalisateur esquisse. Lorsque son beau-père tombe malade, devant le désoeuvrement de sa mère, Grigris décide de trouver l’argent pour payer l’hôpital. Alors que son corps est son handicap, il lutte contre, malgré et avec lui. Après tout, a-t-il seulement le choix ?

Si le scénario manque de finesse dans sa globalité et fait preuve de superficialité, il présente des séquences très sensibles que Mahamat-Saleh Haroun filme avec soin et acuité à l’instar de celles où Grigris apparaît se ressourcer en s’exprimant par la danse. Plusieurs stases chorégraphies ponctuent ainsi le récit et ouvrent vers un ailleurs d’une rare intensité. Les mots et les situations font sens et ébauchent un constat sociétal assez paradoxal : là où la loi se révèle sans valeur, la religion semble la suppléer. Mais ceux qui en appellent d’autres à jurer sur le Coran volent, frappent et condamnent sans jamais remettre leurs gestes en causes.

Si l’approche esthétique est habile et intelligente – quelle photographie –, le jeu des acteurs est pour le moins dual : alors que certains excellent, d’autres épuisent au point de ruiner des scènes entières tant leur phrasé est récitatif ou leurs gestes sont appuyés. Dommage.

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GRIGRIS

Réalisation : Mahamat-Saleh HAROUN
France / Tchad – 2013 – 101 min
Distribution : /
Drame

Cannes 2013 – Sélection Officielle – Compétition

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