Critique : Good Kill

On 29/04/2015 by Nicolas Gilson

La guerre contre le terrorisme revêt plusieurs visages. L’un d’entre eux est son caractère virtuel – et pourtant bien réel – alors que l’armée américaine dirige des drones depuis Las Vegas. Avec GOOD KILL, au travers du portrait à gros traits d’un homme brisé, Andrew Niccol fait le procès de ces pratiques. Malgré l’investissement d’un troublant Ethan Hawke, la superficialité de l’approche déçoit.

good-kill-ethan-hawkeYou look miles away

Ancien pilote de F16, Tom Egan (Ethan Hawke) se plie, non sans difficulté, à ses nouvelles fonctions. Formant maintenant équipe avec Vera Suarez (Zoë Kravitz), il vit et ressent la réalité qui prend place au-delà de leurs écrans de contrôle et dont nombre de ses nouveaux collègues n’ont aucune conscience. Il ne parvient pas à partager l’engouement de son épouse, soulagée de le voir rentrer quotidiennement, et rêve de repartir sur le terrain.

Dès l’ouverture du film, Andrew Niccol nous plonge dans le huis-clos du cockpit virtuel, installé dans un container sur une base militaire. À l’intérieur de celui-ci, ses protagonistes ne sont plus au Nevada mais à des milliers de kilomètres de là. Leurs gestes répondent à un protocole. Ils sont en guerre. Ils sont les témoins silencieux de crimes qui ne les concernent pas et exécutent leurs ordres de mission. La journée finie, ils passent la porte, foulent le sol américain et rentrent chez eux.

Ce rite de passage, anodin, apparaît-il comme une respiration qu’il n’en est rien pour Tom Egan. Au contraire, une fois hors de l’habitacle, il étouffe. Pour lui qui a connu la guerre, il n’y a pas de frontière, pas de repos, si bien que sa réalité lui apparaît comme schizophrène. Il boit, déraille mais tient le cap.

Apriori habile, l’écriture s’avère surtout efficace car loin de nous fondre au ressenti de son principal protagoniste, Andrew Niccol nous y confronte en l’exacerbant à souhait. Aussi, plus le protagoniste s’enfonce et se perd, plus son déséquilibre devient lisible voire intelligible. Devenant un banal contre-champs développé sans finesse, sa vie de famille sert à mettre en relief son épuisement psychologique. Bref, en noircissant sans cesse le trait, Niccol nous donne la becquée.

8E9A6771.CR2

Pourtant il dessine avec brio – et économie – les enjeux de ces drones pilotés par de jeune recrues qui ignorent tout de la guerre et qui, à peine formés, sont sélectionnés parce qu’ils manient le joystick avec dextérité. Il livre une photographie sans concession d’une facette de l’armée américaine. Mais cette réalité et le trouble effectif de son protagoniste ne sont que les prémisses de son exercice démonstratif – pourquoi se contenter d’un sujet fort si on peut en aborder un autre plus gros ?

L’équipe de Tom Egan est en effet choisie pour mener une mission particulière sous le code Christmas In Action – entendons qu’elle est pilotée par la CIA. La question qu’il pose alors, non sans balourdise est de savoir qui est le véritable terroriste.

Si le sujet est fort, le développement devient caricatural. Plus encore on vire proprement au ridicule si l’on tente d’accorder quelque crédit aux relations qui se tissent entre Tom et ses collègues, particulièrement Vera dont la psychologie ne semble pas avoir posé question au réalisateur. Après tout, elle n’est qu’un élément parmi les autres servant à la petite démonstration – et les larmes coulant sur le visage de Zoé Kravitz sont à ce titre désobligeantes.

Si Ethan Hawke est habité par le trouble de son personnage, il est déplorable de voir comme les autres comédiens proposent un jeu proprement affecté lorsqu’ils ne sont tout bonnement pas inexistants. L’approche tient de cette même dualité entre une sensibilité à fleur de peau et un caractère artificiel ronflant où se perdent quelques tableaux actant de la schizophrénie vécue par le protagoniste.

Gageons toutefois qu’en donnant pour titre à son film le code actant que la cible a été atteinte, Andrew Niccol a répondu à la mission qu’il s’est fixée. Car à défaut de livrer un portrait intimiste et bouleversant, il propose une fresque superficielle dont le sujet, matraqué, est parfaitement intelligible – du moins espérons-le.

good kill afficheGOOD KILL

Réalisation : Andrew Niccol
USA – 2014 – 104 min
Distribution : Remain in Light
Drame


Good Kill : Bande annonce [Ethan Hawke, 2015] par Filmsactu

IMG_1774.CR2good-kill-ethan-hawke-january-jonesg 8E9A6986.CR2

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>