Gloria

On 18/02/2014 by Nicolas Gilson

Sebastián Lelio nous confronte au quotidien et aux aspirations d’une femme qui approche de la soixantaine et qui est divorcée depuis plus de dix ans. Brillamment écrit et mis en scène avec justesse et simplicité, GLORIA est un sublime portrait au sein duquel Paulina Garcia est étourdissante.

Gloria se rend chaque semaine, ou presque – enfin « de temps en temps » comme elle le dit – à des soirées dansantes pour célibataires. Elle apparaît déterminée à ne pas être seule, à partager une nouvelle intimité. Et bien qu’elle apparaisse aussi séduisante que séductrice, les choses ne sont pas si aisées. Un soir, pourtant, elle fait la connaissance de Rodolfo et elle rentre avec lui. L’aventure fait place à une histoire qui se dessine simplement avant de se compliquer peu à peu.

Sebastián Lelio met en scène un portrait d’une rare justesse. Avec économie, il esquisse le quotidien de Gloria et transcende ainsi, simplement, son ressenti. Ses enfants sont adultes et indépendants. Elle aimerait pouvoir être plus présente dans leur vie mais elle se contente des instants qu’elle a avec eux (même si elle doit les provoquer) et elle est en la complice. Mais Gloria se sent seule ou veut plutôt partager sa vie : trouver un complice, un nouvel élan. Coquette derrière ses grandes lunettes sans lesquelles elle ne voit rien, Gloria, qui court les bals afin de courtiser, rayonne mais rentre pourtant, à chaque fois, bredouille d’un pas rendu hésitant à force d’alcool.

Le scénario est construit selon l’unicité du point de vue de Gloria. Nous la découvrons peu à peu avant de faire proprement corps avec elle et de partager ses émotions. Lorsque Adolfo l’aborde, elle rit et son sourire, alors irradiant, nous semble irrésistible. Son excitation devient nôtre et nous partageons son bonheur. Sebastián Lelio dépeint avec réalisme et acuité l’évolution et la complexification de la relation qui prend place et restant constamment dans le point de vue de Gloria tout en nous y confrontant avec ses choix de mise en scène. A mesure que les contours de la relation naissante se dessinent, Sebastián Lelio développe et nourrit la personnalité de Gloria. Sublime gloria…

Le film s’ouvre sur une dimension musicale : nous découvrons Gloria lors d’une soirée dansante et la musique apparaît d’emblée comme faisant partie de son univers voire comme un élément la définissant. Aussi, elle permet ponctuellement de révéler différentes facettes de la protagoniste pour qui la musique est une forme d’expression. Sebastián Lelio l’emploie donc à dessein et, avec une grande habilité, la rend vectrice d’émotions tant pour Gloria que pour nous.

L’approche photographique fait mouche tout en se voulant captivante. Le réalisateur opte pour un cadre serré et se focalise sur les visages. Cette centralité visuelle rejoint l’unicité du point de vue scénaristique et complète l’impression de pleine complicité avec la protagoniste. Le réalisateur est au plus prêt de Gloria dont le visage devient le miroir de ses sentiments.

Toutefois, la force du film repose avant tout sur Paulina Garcia qui donne vie à Gloria sans concession. L’actrice est tout bonnement sublime et n’hésite pas à se mettre à nu. Fragile et forte à la fois, elle est prodigieuse et sensationnelle.

GLORIA
♥♥♥
Réalisation : Sebastián Lelio
Chili / Espagne – 2012 – 105 min
Distribution : ABC Dsitribution

Drame

Berlinale 2013 : Compétition Officielle – Ours d’Argent meilleure actrice

Gloria Poster

Mise en ligne initiale le 13/02/2013

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